L’Algérie crée des centres de rétention destinés aux immigrants africains


Après bien des années d’hésitation, l’Algérie a accepté le principe de créer des centres de rétention destinés aux immigrants africains en situation irrégulière sur le sol national.

Cette décision vient d’être notifiée officiellement le 2 juillet dernier, via le journal officiel (JO) qui publiait une loi (la loi du 25 juin 2008) durcissant les « conditions d’entrée, de circulation et de séjour des étrangers » en Algérie.

Ce texte, qui a abrogé une ordonnance datant du 22 juillet 1966, n’a pas pour unique objet la « lutte contre l’immigration illégale » mais elle autorise dorénavant les services consulaires et les services de sécurité à photographier les ressortissants étrangers et à prendre leurs empreintes digitales, de même qu’elle les autorise à mémoriser ces empreintes et photographies et à les utiliser (article 15). De même qu’elle crée des « centres d’attente, destinés à l’hébergement des ressortissants étrangers en situation irrégulière, en attendant leur reconduite aux frontières ou leur transfert dans leurs pays d’origine » (article 37). Les étrangers détenus dans ces centres peuvent y être gardés pendant une période de 30 jours renouvelable.

L’article 42 punit d’emprisonnement entre 2 et 5 ans « tout étranger qui se soustrait à l’exécution d’un arrêté d’expulsion ou d’un arrêté de reconduite aux frontières ou qui, expulsé ou reconduit à la frontière, pénètre de nouveau sans autorisation sur le territoire algérien ». L’article 46 prévoit la même peine pour « toute personne qui [...] facilite l’entrée, la circulation, le séjour ou la sortie de façon irrégulière d’un étranger en situation irrégulière sur le territoire algérien ». Depuis quelques années, l’Algérie est devenue un pays d’immigration pour les Africains et une destination très prisée pour ces ressortissants du continent. Depuis le début de l’année 2008, plus de 3 000 immigrants clandestins, originaires de 28 pays d’Afrique, ont été arrêtés et refoulés du territoire algérien, selon des sources proches du ministère de l’Intérieur.

Dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine, l’Etat algérien a décidé de mobiliser une enveloppe de 18 milliards de dinars pour lutter contre ce phénomène qui prend une ampleur de plus en plus alarmante. La moitié de ce montant sera déboursée pour le transport des immigrants clandestins vers leurs pays d’origine. Le ministère de l’Intérieur a conclu des conventions avec des transporteurs privés pour reconduire ces immigrants clandestins aux frontières de leurs pays, sous haute surveillance des éléments de la police des frontières. Ce budget a été revu à la hausse, alors qu’il ne dépassait pas les 6 milliards de dinars en 2007.

Cette hausse est justifiée par la prise en charge totale des immigrés clandestins jusqu’à leur arrivée dans leurs pays et par l’ampleur prise par ce phénomène ces dernières années. En effet, l’année dernière, les services de la Sûreté nationale ont arrêté plus de 12.000 immigrants clandestins, dont 7.000 Maliens et 3 000 Nigériens.

Saïd Farhi — La Voix de L’Oranie

jeudi 25 septembre 2008

Ces jeunes harraga qui «bravent» la mer


Du haut de ses 10 ans, il rêve déjà de partir, il n’a qu’une envie : el harga… Saïd est hémophile. En dépit de son jeune âge et de sa maladie chronique, cet enfant d’Aïn Témouchent, rencontré à Ghazaouet lors d’une colonie de vacances organisée au profit des enfants malades, a des rêves plein la tête.

Des rêves insensés et si naïfs qu’il n’hésite pas à partager et à défendre avec l’impatience et l’acharnement des enfants. Il veut surtout faire comme son oncle, c’est-à-dire «se casser», rejoindre l’autre rive de la Méditerranée, en quête d’une vie meilleure. «Là où il n’y a pas de souci, pas de problèmes de médicaments, ni de scolarité… un pays dans lequel je ne me préoccuperais pas de soins ni de traitements au lieu de faire mes devoirs… ou tout simplement de m’amuser», dit-il. Et, paradoxalement, Saïd ne choisit pas un pays européen pour sa fameuse traversée, mais se contente d’un pays voisin. «Je veux partir là où la vie est moins chère, moins pénible», lâche-il, innocemment. Son désir pressant de partir en dit long sur la détresse des jeunes Algériens. Pas seulement. Même les adolescents et les enfants envisagent mal leur avenir, ils se sentent livrés à eux-mêmes dans un pays aux richesses pourtant multiples et exceptionnelles mais qui ne profitent pas à ses enfants.

Nous sommes à Ghazaouet, dans la wilaya de Tlemcen, à 600 kilomètres d’Alger, une ville côtière à l’ouest de Maghnia, à la frontière marocaine. Les mêmes maux rongent la jeunesse algérienne. Chômage, oisiveté et misère… les jeunes désœuvrés dans les rues… les yeux rivés sur la mer, les yeux rivés sur l’autre bord de la Méditerranée…

Le phénomène de harraga qui signifie dans le langage des jeunes «resquiller et brûler» augmente de jour en jour, ici comme sur les côtes est du pays. Devant le chômage, les conditions de vie insoutenables, les jeunes de Ghazaouet n’hésitent pas en désespoir de cause à se jeter à l’eau pour rejoindre les rives nord de la Méditerranée, en quête de l’eldorado, à la recherche de leurs rêves perdus. Bien souvent, la mort les guette au tournant. Mais le risque d’une mésaventure ne semble point les décourager.

L’Etat «insensible» à la détresse des jeunes

Si les jeunes Algériens diplômés se sentent lésés dans leur propre pays, ceux sans qualification le sont encore plus. Ils se sentent perdus et veulent coûte que coûte tenter leur chance sous d’autres cieux «plus cléments», croient-ils, comme le confie Ali, un enfant de la région qui connaît pas mal de proches, copains, voisins qui se sont lancés dans cette dangereuse traversée. Certains ont réussi à atteindre la côte espagnole, d’autres ont péri, dit-il avec amertume. C’est dire que ces jeunes sont conscients du danger qu’ils encourent, mais n’hésitent pas à franchir le pas décisif, pour échapper à «la misère ambiante». «On a vécu toute notre vie à Ghazaouet et on ne voit pas le bout du tunnel», déplore notre interlocuteur désabusé par la situation de la région. Pour lui, l’Etat n’a absolument rien fait pour les jeunes. Comme beaucoup qui tentent en vain d’obtenir un visa pour la France, l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre ou le Canada, les harraga de Ghazaouet se lancent dans l’incroyable aventure collective de l’émigration clandestine. Pour ces jeunes harraga, rejoindre l’autre rive de la Méditerranée est un rêve qu’ils caressent et mûrissent des années durant. «J’ai beaucoup de copains qui ont tenté cette traversée. Ce voyage s’avère périlleux, car ils font le voyage collectif à bord d’embarcations construites de manière artisanale. Ils n’ont qu’un seul objectif, fuir le pays dans lequel ils n’ont pas réussi à avoir une vie décente.» «Des jeunes de 16 à 35 ans qui veulent en finir avec la misère, le chômage, les nombreuses préoccupations qui minent leur vécu», confesse Mohamed, un enfant natif de la région qui évoque des cas de jeunes harraga. Il parle de ces victimes de noyade au cours de leur périple. «El harga» est un phénomène, dit-il, très répandu dans la région comme partout à travers le pays, en raison du chômage notamment. «Les jeunes traversent la mer pour rejoindre la côte espagnole, le voyage Ghazaouet-Al Miria ne dure pas longtemps, six heures», dit-il. «Beaucoup de jeunes viennent de partout d’Algérie, tentant El Harga à partir de là. Ils cotisent pour acheter de petites barques qui n’offrent aucune commodité, aucune sécurité et se lancent dans leur voyage, au risque d’y laisser leur peau.»

Notre interlocuteur raconte avec chagrin les péripéties de ses copains, des jeunes harraga qui ont péri en mer. «J’en connais beaucoup qui ont disparu en mer et j’en veux à notre Etat qui a conduit au pourrissement de la situation de la jeunesse… Qu’est-ce qui est fait pour aider les jeunes à sortir de leur désarroi ?»

s’interroge-t-il encore, hors de lui. A Ghazaouet, la seule occupation des jeunes est la pêche, il n’y a aucun projet d’investissement, il n’y a pas d’usine…

Pour lui, les pouvoirs publics semblent insensibles à la détresse de ces jeunes qui mettent leur vie en péril. «L’Etat est indifférent face à leurs légitimes revendications, puisque aucun projet réel
n’est venu apporter l’espoir à cette frange de la société. »

«Les préoccupations de l’Etat sont ailleurs», expliquent dans le même ordre d’idées d’autres enfants de la région. Pourtant les statistiques sur le sujet sont éloquents et parlent d’eux-mêmes, c’est
un phénomène qui prend de l’ampleur.

Les chiffres enregistrés durant le premier semestre 2008 montrent que 718 Algériens tentant d’émigrer clandestinement en Europe ont été arrêtés et 38 embarcations saisies. Plus de 1 500 candidats à l’émigration clandestine avaient été arrêtés en 2007 en Algérie, contre 1 016 en 2006. Des sommes faramineuses sont déboursées pour organiser des rencontres sur la jeunesse sans qu’aucune solution concrète ne voie le jour et sans que l’une d’elles parvienne à freiner, un tant soit peu, le phénomène.

Un port de pêche délaissé…

Située à 75 km de Tlemcen et 18 km de Nédroma, la région de Ghazaouet offre des paysages sublimes, de belles forêts de pins, de thuyas et de cyprès surplombent la mer.
La ville renferme aussi d’intéressants vestiges de vieux forts berbères (épaisses murailles flanquées de grandes tours carrées). On raconte que l’Emir Abdelkader passa sa dernière nuit avant d’être
expatrié d’Algérie, à Ghazaouet, plus exactement dans une villa rue de Touent du nom de la montagne qui se trouve à l’est de Ghazaouet. Mais que signifie donc Ghazaouet ? De son vrai nom «Djemaa el Ghazaouet», cette ville tire son appellation, d’après la légende, de repaire ou réunion de brigands.
En fait, il ne s’agissait pas de brigands comme on l’entend aujourd’hui mais plutôt de naufrageurs. On dit qu’ils allumaient des feux sur la plage où venaient s’échouer des bateaux trompés par les feux.
Au début de la colonisation, Ghazaouet était une petite crique presque inhabitée. Elle connaîtra à partir de cette période l’établissement d’une base militaire qui a permis la pénétration française dans l’Ouest oranais. Il faut dire que Ghazaouet a été le premier port de pêche d’Algérie. Cette ville a été longtemps réputée pour ses fameuses sardines et surtout pour ses anchois. L’usine Papa Falcone était célèbre dans tout le pays.

Le trafic maritime était d’ailleurs plus important que celui d’Oran et même que celui d’Alger. Ghazaouet est incontestablement un port important de pêche et de commerce mais qui est malheureusement
complètement délaissé et abandonné. Le développement dans cette région, on le constate, a du mal à prendre son envol.

Les barons de la contrebande sévissent toujours

La contrebande est prospère à Ghazaouet. Les mesures de contrôle à la frontière marocaine ne semblent pas venir à bout de ce fléau qui prend des proportions alarmantes dans le pays. La liste des produits exportés frauduleusement vers nos voisins est longue. Tout se vend et tout s’achète. Mais c’est le carburant, en raison de son prix élevé au Maroc, qui demeure assurément le produit le plus convoité. A Ghazaouet, des files interminables de véhicules attendent leur tour devant les stations d’essence. Les trabendistes attendent la nuit tombée pour traverser la frontière à dos d’âne avec des chargements de gasoil qu’ils revendent à nos voisins marocains. Ce trafic a donné naissance dans l’ouest du pays à de véritables barons qui exportent frauduleusement des produits de tous genres très recherchés outre-frontière : du carburant, des produits alimentaires, de la drogue, du corail et autres matériaux sont revendus par ces trabendistes. Ces derniers ne semblent jamais s’avouer vaincus, ils usent de nombreux moyens frauduleux pour enrichir les pays voisins sans se soucier du sérieux coup porté à l’économie nationale.
A. B.

Le poisson exporté illicitement vers l’Espagne

Ceux qui croyaient que le poisson était beaucoup moins cher à Ghazaouet qu’à Alger vont vite déchanter. Les prix sont aussi élevés que dans la capitale. Le kilogramme de sardine excède largement les 100 dinars, la crevette est à 1 200 DA, le merlan à 500 dinars, le rouget à 700 dinars… «Ghazaouet livre le poisson partout», nous dit un enfant de la région. On dit même que le poisson est exporté illicitement vers l’Espagne.

Absence de structures touristiques

Peu d’investissements sont lancés dans cette belle région côtière aux potentialités immenses. Cette ville ne dispose que d’une seule infrastructure hôtelière, l’hôtel privé Ziri. A la dernière classification, il lui a été décerné trois étoiles. Selon son gérant, Abdelkader Bouni, «c’est l’unique hôtel dans la localité de Ghazaouet. Il déplore le fait que sa demande formulée auprès des autorités concernées et du wali de Tlemcen d’une extension du projet et de la réalisation d’un nouveau projet à Tlemcen, soit restée sans écho. Abdelkader Bouni gère l’hôtel Ziri depuis 2001 (auparavant cette structure était un bien communal). Cet hôtel a une capacité de 34 chambres. «Le taux d’occupation annuel frôle les 70%, en revanche il atteint les 100% durant la saison touristique», précise son gérant. Sa clientèle est composée de nationaux, d’émigrés et d’étrangers. «Durant l’été, il est difficile de faire face au flux d’estivants et de voyageurs qui foulent le sol de la région», explique-t-il.

Un projet émirati près de Marsa Ben’Hidi

Des Emiratis comptent investir dans cette région. La construction d’un projet touristique émirati a été annoncé pour combler le manque criant d’hôtels dans la région, apprend-on.
Il s’agit d’un projet touristique de haut standing qui sera lancée à Bider, à une cinquantaine de kilomètres de Ghazaouet, près de Marsa Ben’Hidi. La région de Ghazaouet enregistre un flux important d’émigrés résidant à l’étranger qui font un come-back, le temps des vacances. La région fait face chaque été à une affluence record de la communauté émigrée originaire de Ghazaouet ou de l’Ouest algérien qui transitent par la région. Pour rappel, une ligne maritime quotidienne Ghazaouet-El Miria a été ouverte au début des années 2000.
A. B.

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De notre envoyée spéciale à Ghazaouet
Amel Bouakba
http://www.latribune-online.com/vivre_l_alg_rie/4630.html

Harraga placés sous mandat de dépôt


Pour introduction par effraction dans un navire étranger et tentative d’émigration clandestine, 14 jeunes algérois ont été placés hier sous mandat de dépôt par le procureur près le tribunal de Annaba.

Agés de 21 à 35 ans, ces jeunes ont été surpris, la veille vers 10h par l’équipage du Viola, un bateau battant pavillon antiguais, au large des eaux territoriales algériennes.

En provenance du port d’Alger, le navire a pris la mer quelques heures auparavant, à destination de Dubaï, où les 14 Algérois qui ont pu s’y introduire, se voyaient déjà sur les quais de ce pays de rêve.

Ils n’avaient pas imaginé un seul instant que les temps ont changé avec des contrôles rigoureux par l’équipage de tout navire en partance ou en provenance des pays étrangers.

Particulièrement après avoir réussi à « tromper la vigilance de la police maritime du port de la capitale » en se cachant dans des containers vides rangés sur le Viola. Ils étaient certains que la chance leur avait souri et qu’ils allaient rejoindre le monde heureux de Dubaï.

Ils se doutaient encore moins du moment où ils allaient être débusqués après que le bateau antiguais eut appareillé. « En effet, nous avons été alertés par le commandant du Viola quant à la présence de plusieurs personnes étrangères à l’équipage. Après la fouille, nous avons pu débusquer 14 jeunes harraga d’origine algéroise.

Il s’est avéré qu’ils ont embarqué à partir du port d’Alger où ce bateau antiguais accostait. Nous les avons arrêtés, auditionnés et présentés devant le procureur près le tribunal de Annaba qui les a placés sous mandat de dépôt », expliquera Zaïdi Abdelaziz, l’actif chef de la station maritime principale des gardes-côtes de Annaba.

En ce qui concerne la sévère décision de placer pour la première fois des harraga sous mandat de dépôt avant même l’application de la criminalisation de cet acte, M. Zaidi abonde : « C’est l’article 545 du code maritime algérien qui a été appliqué dans toute sa rigueur par le magistrat.

Il stipule qu’il est puni de 6 mois à 5 ans de prison ferme et d’une amende de 10 000 à 50 000 DA toute personne qui s’introduit frauduleusement sur un navire avec l’intention de faire une traversée. Donc, ce n’est pas le cas des harraga ordinaires que nos services interceptent au large sur leur embarcation ».

Avant d’escalader le Viola, les 14 personnes avaient une seule idée en tête, fuir l’Algérie, où leur avenir leur paraît bien sombre avec un chômage chronique, et partir vers n’importe quel pays, même asiatique. Mais c’était compter sur une certaine complicité au port d’Alger qui leur a permis vraisemblablement d’accéder au bateau étranger.

Cependant, l’alerte donnée par le commandant a mis en branle la Police algérienne des frontières (PAF) et les gardes-côtes de Annaba. Les premiers comme les seconds avaient tenu à passer au peigne fin le moindre petit coin du bateau.

C’est ainsi qu’ils surprendront simultanément 6 jeunes, la tête pleine de rêves d’aventure et de richesse, dans des containers vides que le Viola devait charger à Dubaï.

Déçus, ils n’ont pas hésité à « moucharder » leurs 8 acolytes dans l’expédition du rêve. Rêve qui s’achèvera brusquement avec l’apparition des « Pafistes » et des gardes-côtes, qui ont procédé à une fouille qui a duré plusieurs heures pour déloger et arrêter tous les passagers clandestins. Avant de tenter cette escapade risquée, les 14 jeunes avaient bien tenté de décrocher un visa, en vain.

« A chaque fois, la réponse était négative », auraient-ils expliqué aux policiers des frontières et aux gardes-côtes, qui les avaient interrogés, présentés devant le procureur de la République près le tribunal de Annaba et placés sous mandat de dépôt.

Ainsi, la saignée de la jeunesse algérienne continue toujours et nos gouvernants ne semblent pas y avoir trouvé encore de remède.

M. F. Gaïdi
http://www.elwatan.com/14-harragas-algerois-debusques-sur

Le centre de rétention de Vincennes Brule


Un seul retenu du centre de rétention administrative de Vincennes (CRA) a finalement pris la fuite après l’incendie qui a détruit, dimanche après-midi, les deux bâtiments, selon un dernier bilan fourni lundi en fin de matinée par la préfecture de police. Dimanche soir, la Préfecture de police a parlé d’une cinquantaine d’étrangers en fuite avant de revenir à un bilan de 14 personnes manquantes lundi matin.

Les retenus manquants étaient “soit au tribunal soit transférés à l’Hôtel-Dieu” parce qu’ils avaient été intoxiqués par les fumées de l’incendie qui a entièrement ravagé le CRA. “Deux retenus sont en garde à vue depuis hier [dimanche] soir” dans l’enquête sur l’incendie, a précisé la porte-parole de la PP Marie Lajus. Par ailleurs, “cinq d’entre eux ont été libérés entre dimanche et lundi” après examen de leur dossier. Les autres retenus, 235 personnes, ont été transférés dans la nuit vers les CRA de Lille (Nord), Nîmes (Gard), Palaiseau (Essonne) et Oissel (Seine-Maritime).

“Les deux bâtiments sont entièrement détruits et les personnes ont été évacuées dans le gymnase de l’école de police”, situé dans l’enceinte du CRA, a indiqué, dimanche, le responsable FO de la police et de la préfecture de police, Luc Poignant. “Plusieurs foyers d’incendie volontaire ont été détectés”, a expliqué la préfecture dans un communiqué.

Le feu s’est déclaré alors qu’une manifestation d’un collectif de sans-papiers pour “exiger la fermeture des camps de rétention” et la régularisation des sans-papiers se déroulait, depuis 15 heures environ, devant le CRA, après le décès samedi d’un Tunisien sans papiers de 41 ans, mort d’une crise cardiaque. Avec une capacité de 280 places, le CRA de Vincennes est le plus grand de France. 249 retenus étaient présents dans le centre au moment de l’incendie.

Un centre, théâtre des tensions

“Aucun blessé grave n’est à déplorer à cette heure”, selon le communiqué de la préfecture diffusé dimanche en début de soirée. “Cependant, vingt personnes incommodées par les fumées ont été transférées à l’hôpital”. Dix s’y trouveraient toujours lundi matin, selon la préfecture de police. De nombreux véhicules du Samu, des ambulances, des camions de pompiers et un hélicoptère du Samu se sont rendus sur les lieux dimanche.

La progression des pompiers, qui seraient intervenus tardivement selon le responsable FO police, aurait été gênée par la présence des manifestants. Les sapeurs-pompiers ont mis en oeuvre tous les moyens de lutte dont ils disposaient pour éteindre l’incendie et porter assistance aux retenus et aux policiers incommodés par les fortes fumées, a estimé la préfecture de police.

Le CRA de Vincennes a été plusieurs fois ces derniers mois le théâtre de tensions, certains retenus protestant contre leurs conditions de rétention. Ces incidents interviennent alors qu’un Tunisien de 41 ans est décédé samedi en fin d’après-midi au CRA de Vincennes, un évènement qui a déclenché des troubles, selon certains retenus, ce que la préfecture de police a formellement démenti. L’autopsie, comme les premières constatations médicales, “écarte la présence de traces anormales”. La préfecture de police (PP), qui avait confirmé le décès, a indiqué que ce ressortissant tunisien était “sous le coup d’une interdiction définitive du territoire français décidée par un arrêt de la cour d’appel de Paris”.

La préfecture de police (PP) a mis en place un numéro vert d’informations et de conseils à la disposition des familles des personnes étrangères qui étaient retenues au CRA. Elle peut être jointe au 0 811 00 06 75.

http://www.lepoint.fr du 23 06 2008

France: Enfermement pour un bébé de 15 mois


SANS-PAPIERS - La cour d’appel de Rennes s’est prononcé vendredi dernier pour le maintien en rétention administrative d’un bébé de quinze mois avec sa mère sans-papiers au centre de Saint-Jacques de la Lande, près de Rennes. Cette décision a été notifiée pour “une durée de dix-sept jours minimum”, ont précisé les associations de défense des sans-papiers.

«Cette situation est d’autant plus inadmissible que cette jeune femme, qui a fui la République Démocratique du Congo, est en France depuis sept ans. Son bébé est né en France, son compagnon, père de son enfant, réside depuis onze ans en France, il est en situation régulière, il a un logement et un emploi stable», a indiqué le MRAP d’Ille et Vilaine.

Les Verts rennais se sont insurgés contre ce placement en rétention, décidé “au mépris des conventions internationales sur les droits de l’enfant” et ont demandé l’annulation de l’arrêté de la préfecture d’Indre et Loire à l’origine de cette situation. Carine Weber, candidate aux municipales sur la liste de “défense des droits ouvriers” s’est également élevée contre ces “lois scélérates” au nom desquelles “hommes, femmes et enfants sont détenus sans jugement à la merci de l’arbitraire”.

La Ligue Bretonne des Droits de l’Homme a dénoncé de son côté “une situation intolérable”.

P.H.A.
http://www.liberennes.fr/libe/2008/02/17-jours-denfer.html

Algérie: Rien n’arrête les harraga


Leur nombre a connu une hausse vertigineuse en 2007

La harga ou la traversée de la Méditerranée en situation irrégulière en empruntant des embarcations de fortune n’est point un fait divers qu’on oublie une fois la page du journal tournée.

Il s’agit d’un véritable phénomène de société portant en lui le lourd poids du rejet d’une dure réalité vécue et le rêve d’une vie meilleure luisant au loin de l’autre rive de la mer Méditerranée. Les harraga sont de plus en plus nombreux à braver tous les dangers, même la mort, pour passer d’une réalité à une autre, et les chiffres de la gendarmerie sont là pour le prouver. Pas moins de 114 affaires d’émigration irrégulière ont figuré sur le tableau des affaires traitées par les services de la police judiciaire de la Gendarmerie nationale durant l’année écoulée contre 73 en 2006, soit une hausse considérable de 56%. La lutte contre ce phénomène, plus communément appelé les harraga, a abouti l’année dernière donc à l’arrestation de 1071 personnes contre 714 l’année d’avant, reflétant une montée en flèche du nombre de prétendants à la traversée mortelle de la Méditerranée en quête d’un paradis perdu. Lors d’un point de presse de présentation du bilan des activités de la Gendarmerie nationale tenu hier au siège du commandement de ce corps de sécurité, le chef de la division de la police judiciaire parle de l’inexistence de textes de lois réprimant ce type de phénomène. « Dans le traitement des affaires de harraga, nous nous basons sur le code maritime qui est plus adapté à la navigation qu’à la répression de ce type d’irrégularité, donc nous nous trouvons devant un vide juridique », explique le colonel Djamel Zeghida. Ce dernier considère, en outre, qu’un harraga ne doit pas être traité comme un criminel. « A mon avis, il s’agit d’une victime, il suffit de s’arrêter un moment et discuter avec ces Algériens qui se hasardent en mer pour une aventure aléatoire, on ne peut que voir en eux des victimes, leurs histoires sont tellement bouleversantes que parfois on est tenté de leur donner raison. A mon avis, ceux qu’il faut incriminer et réprimer ce sont les réseaux de passeurs, ceux qui achètent des chaloupes et volent du carburant pour jeter des Algériens à la mer », indique le chef de la police judiciaire de la Gendarmerie nationale.
7% de multirécidivistes

Evoquant un sondage effectué auprès de 100 candidats à la « harga », le même responsable souligne que 60% parmi eux ont essayé la procédure légale avant de tenter l’aventure. « 60 personnes parmi nos sondés ont tous formulé des demandes de visa qui se sont soldées par un refus. Donc, la plupart ont tenté de rejoindre l’Europe par voie régulière, mais à cause du durcissement des conditions d’octroi de visas, ils se sont rabattus sur l’aventure aléatoire », dira le colonel Zeghida. Autre indication émanant de ce sondage, 7% des sondés sont à leurs deuxième et troisième tentatives, contre 90% qui sont à leur baptême de la chaloupe de la mort. La wilaya de Annaba se place en pole position des wilayas prisées par les candidats à l’émigration irrégulière avec un nombre de 17 affaires traitées en une année se soldant par l’arrestation de 292 personnes. La capitale de l’Ouest algérien, Oran, arrive en deuxième place avec 28 affaires de harraga traitées ayant abouti à l’arrestation de 273 prétendants. Suivent Mostaganem, Aïn Témouchent, Tlemcen, Chlef, El Tarf, Jijel, Skikda et El Oued. Le mode opératoire utilisé pour regagner l’autre rive de la Méditerranée consiste à rassembler des équipes de 5 à 10 personnes dont l’âge varie entre 18 et 40 ans, y compris des mineurs, appartenant à différents milieux sociaux : chômeurs, étudiants, employés et journaliers, explique le conférencier. Les passeurs organisant cette forme d’émigration procèdent d’abord à l’achat d’embarcations dont le prix varie entre 400 000 DA et 800 000 DA, puis s’équipent de jerricans de carburant, de boussoles, de gilets de sauvetage et d’appareils GPS. La traversée se fait généralement de nuit en vue d’atteindre les côtes européennes les plus proches du point de départ, à savoir l’Espagne ou l’Italie. A noter que les femmes sont de moins en moins tentées par cette aventure. Elles étaient 7 à s’embarquer dans les chaloupes en 2006, elles ont été seulement 4 à le faire en 2007. A l’image de l’émigration irrégulière, l’immigration clandestine a, elle aussi, connu une hausse du nombre de personnes arrêtées de différentes nationalités. Les services de la gendarmerie ont arrêté durant l’année écoulée 6988 clandestins, enregistrant une hausse de 13% par rapport au bilan de l’année 2006.

Nadjia Bouaricha El Watan du 23/ 01 /2008


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