IL Y A 38 ANS KRIM BELKACEM ÉTAIT ASSASSINÉ


Maquisard dès 1947.

Très jeune, sa conviction était faite, l’Algérie ne pouvait qu’être indépendante. Il est le premier à rejoindre ceux qui pensaient comme lui

Il y a aujourd’hui 38 ans, jour pour jour, était assassiné, dans une chambre d’hôtel à Francfort en Allemagne, le Lion des djebels, Krim Belkacem, signataire des Accords d’Evian.
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Mohamed Iguerbouchen (Ariste, scénariste, musicologue universaliste)


Le berger des Aghribs devenu maestro. « Ce n’est pas mépriser assez certaines gens que de dire tout haut qu’on les méprise. Le silence seul est le souverain mépris. » Sainte Beuve

Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé que pour sortir en fait de l’enfer. Iguerbouchen fut aussi un talentueux auteur de contes et de scénarios. Réputé à l’échelle universelle, il a marqué son époque en tant que compositeur, tant pour le cinéma que pour la symphonie.

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Mohamed-Ali Allalou, ancien animateur à la Chaîne III : « La guerre d’Octobre, je l’ai vécue de l’intérieur »


Enfant terrible de la radio, Mohamed-Ali Allalou fit les beaux jours d’Alger Chaîne III avec son éternel acolyte Aziz Smati. Au lendemain des événements du 5 Octobre 1988, Allalou lance une émission au titre révélateur : « Sans pitié ». Aujourd’hui, l’ancien trublion de la Chaîne III vit et travaille à Paris. En 2005, il sort un très beau livre en hommage à Alger cosigné avec Aziz Smati : Alger Nooormal (éditions Françoise Truffaut). Dans cet entretien, il nous raconte « son » 5 octobre, dans son quartier de Bab El Oued et l’ambiance délirante des studios dans l’euphorie de la « dimokratia ». Magnéto.

- Mohamed-Ali Allalou, vous êtes une figure emblématique du monde de la radio. Vous étiez une icône d’Alger Chaîne III. Comment avez-vous vécu à la rue Zabana (siège de la Chaîne III à l’époque) les événements d’Octobre 1988 ?

Je n’étais plus à la radio en ce temps-là. J’avais démissionné de la Chaîne III depuis le 30 mars 1988, jour de mon anniversaire. J’étais un hittiste de plus à Bab El Oued. A djamaâ Essouna, Ali Belhadj crachait sur le pouvoir et la Sécurité militaire, inculquait la peur de Dieu et faisait l’éloge de « l’Algérie-Séoudite ». La rumeur « rayha t’nod » circulait déjà depuis plusieurs jours. Il y a toujours eu des rumeurs d’un soulèvement populaire, mais celle-ci avait une date : le 5 octobre. La nuit du 4 octobre, il y avait des accrochages entre la police et les jeunes de Diar El Kef et Climat de France, les premières bombes lacrymogènes. On a dormi ce soir-là avec des images de révolution dans la tête et on puait tous le vinaigre. Au réveil, on voyait des scènes bizarres avec des jeunes qui couraient avec un frigo Eniem sur la tête, d’autres avec un mouton entier dépecé. A Bab el Oued, en ce matin du 5 octobre, il n’y avait pas un flic. Le commissariat du 5e était devenu une pissotière. Les rumeurs affluaient de partout. On parlait de voitures banalisées qui tiraient sur les gens et rentraient à la caserne Ali Khodja. Pendant qu’une partie des jeunes s’adonnaient au saccage de tout ce qui représentait l’Etat, d’autres en profitaient pour piller les souk el fellah et se pavanaient avec des Stan Smith neufs en criant « el youm ma tefrach » « Bab El Oued chouhada ». Des balcons fusaient des youyous, les femmes jetaient des draps imbibés de vinaigre. Donc, la guerre d’octobre, je l’ai vécue de l’intérieur. C’était magnifique. Il se passait quelque chose enfin. J’y ai vraiment cru.

- Depuis vos débuts dans l’émission « Contact », vous vous êtes démarqué par une liberté de ton, un style corrosif mêlant humour et impertinence. Vous avez signé des émissions cultes : « Local Rock », « Bled Mickey »… et puis il y a eu « Sans pitié » qui était venue juste après le 5 Octobre. Parlez-nous un peu de cette émission et pourquoi « Sans pitié » ?

« Sans pitié », c’était d’abord la découverte de l’horreur, la torture, les chars à Alger et des militaire de l’ANP qui tiraient sur les gamins. C’était la première fois que des Algériens tiraient sur d’autres Algériens désarmés. « Sans pitié ». Cette émission, c’était aussi l’aboutissement de tout ce que j’ai appris à la radio en faisant du reportage dans l’émission « Contact » que dirigeait mon ami Aziz Smati, où j’adorais parler d’amour, de h’nanna, de tendresse avec les jeunes. « Enhabek sans pitié » est sortie de là, « je t’aime sans pitié ». Enfin, « Sans Pitié » c’était aussi une petite révolte contre tout ce que nous a fait subir le FLN et la Sécurité militaire : la négation des langues algériennes, la peur de dire, la peur d’aimer et le « tchoukir » de la « houkouma ». Je savais que les auditeurs attendaient une émission en algérien. Une émission qui se foutait d’une langue arabe que les baathistes du pouvoir nous infligeaient et d’une langue française que la Chaîne III nous imposait de fait. D’où « Loughatouna ». J’ai donc construit une émission autour de la langue algérienne avec son humour, ses personnalités, ses histoires, ses musiques. J’ai inventé justement un personnage : « Cheikh M’hamed », un mix de Boubegra et de Rachid Ksentini. Un cheikh laïc. C’était lui qui donnait le ton. « Est-ce qu’on est d’abord musulman ou d’abord Algérien ? », se demande-t-on en boucle. Cheikh M’hamed, lui, est d’abord et avant tout Algérien. Donc, « Sans pitié » était avant tout l’affirmation haut et fort de mon identité : Djazaïri !

- Vous avez enchaîné avec la fameuse émission musicale « Bled Music » en compagnie de votre alter ego Aziz Smati. Vous avez lancé beaucoup d’artistes dont Bâaziz, Moh KG2, Souad Massi plus tard… A la radio, vous avez embarqué des chroniqueurs sulfureux comme SAS et YB. N’aviez-vous pas l’impression de vivre une époque de « h’bal », un moment de pure folie ? Cette « parenthèse enchantée » a-t-elle vraiment existé ?

Oui ! Cette « parenthèse enchantée » a existé et on la doit surtout à notre directeur de l’époque Rachid Boumediène que le salut soit sur lui. C’est lui qui a ouvert le bal du hbal. Après chaque émission, il recevait des appels menaçants de partis politiques, de ministres, d’associations de moudjahidine, de fils de chouhada, etc. qu’on avait égratignés. Il avait le c… pour les envoyer paître sans rien nous dire. L’expérience de l’émission musicale « Local Rock » qui est devenue « Bled Music » m’avait gavé. Elle a surtout enrichi des producteurs véreux. Il fallait qu’on donne la parole aux jeunes qui avaient quelque chose à dire. C’est le boulot du service public que de faire découvrir de jeunes talents. Ce qui me tue, c’est tout ce gâchis qu’ils ont dû subir, car il n’y a plus aucune trace d’eux à la radio. Disparus. Les enregistrements ont été jetés ou recyclés. Oui, on n’a pas l’INA, nous, on n’a pas de mémoire audiovisuelle. Nous sommes un pays où l’amnésie est cultivée.

- Dans quelle mesure Octobre 88 a-t-il ouvert de nouvelles perspectives, libéré le champ audiovisuel pour l’homme de radio que vous êtes ?

Le champ audiovisuel n’a jamais était ouvert. Ce sont les journalistes eux-mêmes qui se sont battus, je ne dirai pas tous, car dans chaque rédaction il y avait des « moukhabarat » déguisés en journalistes. Je veux parler de ceux qui étaient à l’origine du MJA, le Mouvement des journalistes algériens. Ils sortaient tous du même moule : El Moudjahid, l’APS, El-Châab, Révolution Africaine et El Djeich et ils en avaient marre du malox. J’ai assisté à plusieurs réunions qui se faisaient à la salle El Mougar. C’était un joyeux bordel. Journalistes contre journalistes : arabisants, islamisants, baathisants, francisants, berberisants et khobzizants. Les dés étaient donc pipés au moment de créer un vrai contre-pouvoir, une vraie liberté de la presse. On a juste sauvé les meubles.Après octobre, plus rien n’était comme avant. A l’ENTV, l’émission « Face à la presse » de Mourad Chebine cartonnait. On n’avait plus peur d’ouvrir les ondes aux autres, même aux ennemis de la liberté. Les promoteurs de la « dawla islamya » avaient eux aussi leurs médias. Le journal El Mounkid se vendait dans toutes les bonnes mosquées et radio Wafa », la seule radio pirate, émettait depuis une villa sur les hauteurs d’Alger. Chaque mercredi, à 16h, elle dressait la comptabilité macabre de ses martyrs et de ses assassinats en direct. En ce qui concerne l’émission « Sans Pitié », nous n’étions pas dans ces moules-là. Nous n’avions aucune chapelle à défendre, nous n’appartenions à aucun clan, nous étions apolitiques et on aimait ce qu’on faisait. Riad Kaddour, Mourad Louanchi, Youcef Nedjimi et moi-même étions juste une bande de rigolos.

- Vous n’étiez jamais censuré ? Je pense par exemple à cette émission consacrée à l’univers de la « zatla » qui avait fait sensation…

Avec Aziz, on avait monté une émission d’été de libre antenne autour de quelques sujets tabous, profitant de ce que le directeur était parti en vacances. On avait choisi quatre thèmes : la drogue, le sexe, la politique et la religion. La première semaine, on commence par la drogue, ezetla, et là on découvre le monde de l’artane, ozinol, diazépam, des cachiyates, des kfalis, des psychotropes, dont le fameux 6/15 qu’on chantait dans les stades : « 6/15 amrili rassi âla el Mouloudia rah enbassi. » C’était tellement passionnant qu’on n’a pas pu traiter les autres sujets. Ainsi, on s’est engouffrés quatre semaines durant dans les abysses des drogues légales disponibles dans tous les dispensaires. J’ai eu vraiment peur quand des jeunes filles de 15-16 ans témoignaient en avouant qu’elles prenaient ces cachets « pour se calmer, supporter la vie ». En rentrant de vacances, j’ai été contacté par un producteur de l’ENTV qui voulait que je raconte cette expérience que j’ai eue avec les auditeurs autour de la drogue. J’ai accepté d’y aller, car l’émission était en direct. Sur le plateau, il y avait un drogué, un représentant de la gendarmerie, un de la douane, un type de la police et un imam inanimé. Quand l’animatrice m’a donné la parole, j’ai dit que la zetla n’est pas un problème. J’ai ajouté qu’à l’antenne, j’ai eu des chirurgiens, des banquiers, des architectes, des ingénieurs qui fumaient du shit. Des gens normaux quoi ! J’ai précisé aussi que cette émission nous a fait découvrir l’autre drogue, celle qui faisait des ravages chez les jeunes. J’ai dit que c’est ça le mal, et que la zetla c’est notre culture. Suite à quoi, tout le monde m’est tombé dessus en direct. Depuis, on ne m’a plus donné la parole, alors j’ai quitté le plateau en pleine émission. Le lendemain, de Bab El Oued jusqu’à la rue Hoche, tous les gens que je rencontrais me félicitaient, et pour le plaisir, ils m’offraient un bout de shit. Je suis arrivé à la radio avec au moins 500 g de zetla.

- En 1994, vous vous êtes installé à Paris après l’attentat qui avait ciblé Aziz Smati. Vous avez fondé ensemble l’association Bled Connexion qui, en 1998, a organisé un méga concert pour fêter les dix ans du 5 Octobre. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ? Prévoyez-vous quelque chose pour ce 20e anniversaire d’Octobre 1988 ?

Je suis arrivé à Paris en novembre 1993 pour présenter le film Youcef de Mohamed Chouikh dans lequel je jouais avec Madame Doudoune (Youcef Benadouda). C’est au festival du film de Berlin que j’ai appris l’attentat contre Aziz. Ma mère me suppliait de ne pas revenir à Alger, mes sœurs me demandaient de fermer ma gueule dans les médias. Je ne pouvais plus revenir, je ne devais plus parler. Pour ne pas devenir fous, on a crée www.bledconnexion.com. On a organisé sans aucun sou ce grand concert qu’était « Le chahut de gamins » pour marquer les dix ans d’octobre. Tous les artistes ont joué gracieusement, ce qui est impossible à faire aujourd’hui. Les salles de spectacles coûtent cher et les artistes aussi. Et puis Dilem est rentré au pays. C’était lui qui trouvait l’argent pour financer les concerts. Et puis franchement, l’idéal serait de fêter les 20 ans d’Octobre à Alger. Cela n’a plus aucun sens de le faire à Paris !

- Que vous inspire l’attitude de nos gouvernants, Bouteflika en tête, qui considèrent que « le peuple n’est pas mûr pour l’ouverture du champ audiovisuel » ?

Trop tard ! L’ouverture audiovisuelle n’a attendu personne. Elle se fait sur le net et n’a pas eu besoin de décret ni de courage politique. C’est une véritable révolution qui se fait sur la toile. Il y a des radios algériennes qui émettent H24, des télés perso, des blogs citoyens…Fais un tour sur Youtube chez les DZyoutubeurs, ou sur la communauté des Algériens sur Daylimotion, Myspace, sur Skype, Yahoo, Wat-TV. Il y a des débats, des documentaires, du reportage. Sais-tu que le chef d’escale d’Air Algérie à Londres a été demis de ses fonctions grâce au reportage d’un internaute diffusé sur Youtube ? Le meilleur reportage sur les émeutes des jeunes à Oran est sur Youtube. Les futurs reporters, cadreurs, réalisateurs, journalistes, monteurs, sont tous sur le net. Il y a aussi le mobile qui est devenu un vrai média, où on s’échange des chansons interdites, des sketchs, des parodies, où on parle d’humour, d’amour, de sexe et de politique. Trop tard, c’est déjà parti !

- Croyez-vous en un nouveau 5 octobre ? Pourrait-on un jour libérer l’ENTV ?

Le 5 Octobre n’aurait jamais eu lieu si les services de sécurité ne l’avaient pas déclenché pour parer à une imminente révolution islamique à l’Iranienne. Et puis les Algériens ont en marre de mourir pour rien. Mais la culture de l’émeute est plus que jamais vivace dans les esprits. C’est la seule arme qui reste pour se défendre contre les inégalités, l’abus de pouvoir, pour avoir de l’électricité, de l’eau, une route, une place à l’école. Quant à l’ENTV, à mon avis, elle ne va pas tarder à imploser. « L’ENTV eich la vie eich l’implosion ».

- A quand le come-back de Mohamed-Ali Allalou ?

Nous avons créé en 1998 l’association Bled Connexion pour venir en aide aux artistes algériens qui s’exilaient (papiers, hébergement et travail). Pendant plus de six ans, nous avons organisé les plus belles soirées algériennes au Cabaret Sauvage, un festival châabi, deux éditions du festival des femmes algériennes d’où est sortie Souad Massi et Hasna, Algérie mon amour, un livre-CD sur Alger et récemment, j’étais l’attaché de presse du plus bel événement musical algérien de ces dix dernières années, j’ai nommé El Gusto. Tu vois mon CV, tu dis que je vis en Algérie. Avec Aziz Smati et Mourad Louanchi, nous venons de créer à Alger au mois de juillet dernier une boîte de production baptisée Noormal prod et cela grâce à Rachid B., un Monsieur qui nous a donné envie de revenir. C’est avec ces milliers de Rachid et de Rachida, qui sont quelque part en Algérie, que nous avons envie de construire, de travailler.

Par Mustapha Benfodil
http://www.elwatan.com/Mohamed-Ali-Allalou-ancien

Chakib Hammada ( portrait )


Né le 12 Mars 1949 à Souk-Ahras, l’antique Taghaste patrie de Saint-Augustin, ancien Elève de l’Ecole Normale Supérieure du Vieux-Kouba (Alger), Licencié ès-Lettres Françaises, Chakib Hammada a été avec Kamel Bencheikh, Tahar Djaout, Arezki Métref, Hamid Tibouchi, Salah Guémriche…et tant d’autres de ses amis poètes, de tous les grands rendez-vous littéraires des années 1970. Ses rencontres avec Jean Déjeux, Kateb Yacine, Mohamed Khaïr-Eddine et l’influence de ses professeurs de l’Université d’Alger notamment Mouloud Mammeri, Anne Fabre-Luce, Christiane Chaulet-Achour et Mireille Djaïder ont été ce grand tournant qui marqua sa vie de poète. La marginalisation de la langue française et la chape de plomb qui s’abattit sur l’Algérie furent à l’origine de son long silence.
Bibliographie :

-”Fleurs de Taghaste”, poèmes, préface de Arezki Métref,
Editions Subervie, Rodez, 2ème trimestre 1975.

-”Fahima ou le cycle à mille temps”, poèmes, préface de Kamel Bencheikh,Editions Le Manuscrit (75002-Paris), 4ème trimestre 2004.Disponible sur www.manuscrit.com.

-”Triangle ouvert sur Fahima”, poèmes, présentation de
Kamel Bencheikh,Editions Le Manuscrit (75002-Paris), 4ème trimestre 2004.Disponible sur www.manuscrit.com.

-”Soleils séquestrés”, poèmes, inédit.

-”Déchirure mon ictère”, roman, en préparation

Fahima ou le cycle à mille temps, Préface de Kamel Bencheikh.

Hammada Chakib

Poésie

Fahima ou le cycle à mille temps est la traduction parfaite d’une vie assumée où les êtres et les objets conjuguent leur présence. Chakib Hammada accepte l’affrontement avec les réalités du quotidien, il les subit ou les domine, mais s’en nourrit, ce qui donne à ses poèmes cette force de témoignage, à travers une écriture sans concession, que tous s’accordent à lui reconnaître. Sa foi en une Algérie, de justice et de paix, ouverte sur l’universel, lui permet encore, de se dresser comme un écueil, contre la loi du silence, tout en regrettant l’accueil fait à notre poésie d’écriture française, par un système qu’il a de tout temps honni et combattu. Libéré des ronds de jambe de la rhétorique, Fahima ou le cycle à mille temps, est un recueil sensible qui offre le privilège, d’une communication de cœur à cœur, pour tous ceux qui veulent faire l’effort de l’accepter comme une main tendue, de le déchiffrer comme une partition, de le faire vivre comme un feu couvant, de le porter en soi, comme une graine, pour s’en nourrir et nourrir de l’intérieur celui qui la reçoit. Ici et là…là et là-bas, des distiques, des strophes, des poèmes, laissent deviner une fermeté de main et une acuité visuelle, dignes de captiver le lecteur. A travers les méandres de son vertige , Chakib Hammada nous dit Fahima, comme ces rivages d’amour fin, aux mille demains possibles, et… avec quelle ardeur, quelle ouverture sur l’essentiel, quel art…nuancé, pénétrant. Kamel Bencheikh

Triangle ouvert sur Fahima

Hammada Chakib

Poésie

“Triangle ouvert sur Fahima” est un chant charnel et puissant au centre duquel est Fahima, être à la fois mythique et réel, incarnant l’amour, le désir, la possession. Le recueil, fait rare, est une succession d’images fortes et sensuelles, servies par une écriture sans concession : « J’ai senti dans mon ventre/ un matin bleu-opaque/ tes lèvres-souvenirs / hurler dans mes yeux ». De l’impact verbal de ces poèmes courts, au chant lyrique de poèmes plus longs, comme “L’amour de demain”, il y a, chez ce poète authentique, la faculté profonde d’une communication de cœur à cœur.

Kamel Bencheikh

Arab Mohand Oussaïd, poète de Taourirt-Amrane


Une chronologie rimée et rythmée de la vie.

La plate-forme du village Thakhabith est ornée de ses plus beaux atours depuis qu’elle a reçu des aménagements et des embellissements qui lui confèrent un nouveau visage.

Les enfants expatriés, lesquels regagnent le bercail à l’occasion d’une fête ou de l’aïd, sentent une indéniable joie intérieure à ce que les enfants du village, encadrés par les membres du Comité, arrivent à imprimer une image de fête, de bonne humeur et de chaleureux accueil à cette place qui est considérée comme le cœur battant de l’agglomération. Elle salue et insuffle bon courage à ceux qui partent temporairement gagner leur pain dans les villes et les plaines d’Algérie ou des autres pays d’Europe ; elle les reçoit à bras déployés lors de leur retour en été ou pendant les fêtes religieuses du restant de l’année. En tout cas, cette place est le témoin des déplacements incessants des jeunes vers des horizons lointains - qui durent des mois, ou même des années - ou bien vers la ville proche de Michelet qui arrive difficilement à absorber une partie de leur angoisse et chagrins nourris par le chômage et l’oisiveté.

Dans un coin retiré de cette place, dda Oussaïd paraît plongé dans une profonde méditation malgré le grouillement et les déplacements incessants de personnes montant et descendant les rampes de la place. Arab Mohand Oussaïd est le poète méconnu qui continue sans tambour ni trompette à composer des vers et des strophes sur l’état de la société, les valeurs d’une morale ravalée au rang de stérile formalité et l’histoire tourmentée de la région et du pays.

Si en Kabylie une partie de ceux qui écrivent arrivent à faire passer leur message par le biais de l’édition, une frange importante de poètes, prosateurs, conteurs et chercheurs en patrimoine culturel plonge dans l’anonymat le plus durable. L’édition étant d’abord un acte commercial, le ‘’célèbre anonyme’’ d’un village ou canton éloigné de la montagne ne dispose pas d’armes nécessaires pour affronter l’édition. A compte d’auteur, voilà la nouvelle logique marchande. Beaucoup de candidats hésitent ou refusent à franchir le pas. C’est un peu le cercle vicieux : pour se faire éditer, il faut être un auteur établi, sinon célèbre. Pour accéder à ce statut, il faut se faire d’abord éditer ! C’est pourquoi, des dizaines de jeunes auteurs et même des ‘’taquineurs’’ de muses d’un certain âge comme dda Oussaïd font leur deuil d’une possible publication de leurs écrits mais continuent à taquiner le papier, à coucher des strophes et à consigner des renseignements historiques et ethnologiques précieux. Sans grands moyens, ils tiennent des cahiers d’écolier ou des feuillets volantes sur lesquels ils transcrivent les inspirations de la journée, les halètements de leur cœur, les ennuis d’un quotidien morose ou les espoirs de la vie en rose. En kabyle ou en français, parfois dans les deux langues, des écrivains anonymes existent. Ils ne se confient qu’à des connaissances qui peuvent comprendre leur situation de poètes ou prosateurs damnés. Quelques privilégiés parmi eux ont accédé furtivement à l’antenne de la radio chaîne II. D’autres ont pu glisser certains de leurs textes à des chanteurs qui se les sont parfois appropriés d’une manière déloyale et indécente. A chacun son destin dans un domaine où les mérites et les compétences mettent beaucoup de temps pour s’imposer. Malgré l’adversité et les différents écueils qui se mettent au travers de la voie de l’écriture littéraire, des jeunes tiennent à perpétuer le verbe ou le rythme de Si Muh U M’hand, à prolonger l’acte de Mouloud Féraoun, à s’inspirer de la poésie de Slimane Azem et à donner du tonus à la combativité de la poésie kabyle qui se situe dans une période charnière entre la tradition et l’innovation.

Marqué par le parcours chaotique de son pays

Des centaines de feuilles gribouillées, plusieurs cahiers classés, des pages écrites au stylo, d’autres ayant l’immense privilège d’être transcrites sur micro, une régularité inouïe en matière de suivi des événements du pays, événements qui servent de toile de fonds à une inspiration presque inépuisable étendue sur un demi-siècle de travail. Arab Mohand Oussaïd, c’est tout cela à la fois et plus encore.

Un ménestrel des temps modernes à la sensibilité à fleur de peau ; un barde qui entend les clameurs de sa terre, les cris des ses enfants sacrifiés depuis la Révolution armée jusqu’au Printemps noir. Un poète qui en appelle à la justice, veut redonner force à l’espoir et qui dénonce l’arbitraire et l’omerta qui en résulte.

A partir de son village, Taourirt-Amrane, dans la commune de Aïn El Hammam, il porte un regard critique sur l’ensemble de la société, les hypocrisies et les intérêts étroits qui la minent de l’intérieur, comme il sonde pour nous les espoirs de libération et les possibilités de sursaut salvateur qui couvent dans la colère tue et les yeux baissés du petit peuple.

“Me voici quêtant le temps, écrivant tout ce que j’entends pour que la postérité en soit instruite”

Ce regard inquiet et interrogateur, dda Oussaïd l’a développé depuis que, jeune berger, il fredonnait les poèmes des autres. Né le 15 septembre 1940 à Taourirt-Amrane, il dit n’avoir reçu aucune instruction hormis quelques cours du soir à Paris, dans le 2e arrondissement, lorsqu’il travaillait dans une imprimerie. Là, il a commencé à transcrire sur papier ses propres compositions en lettres latines.

Dda Oussaïd se souvient encore parfaitement du déclenchement de la Révolution de novembre 1954. Il avait alors quatorze ans. C’était samedi, jour de marché à l’ex-Michelet. Il est allé assister son frère dans son activité de marchand ambulant, et là il entendit les gens commenter ce qui s’était passé la veille dans plusieurs villes algériennes. Des attaques contre les casernements français et contre certains points sensibles de l’économie ou de l’administration coloniale. Son frère le renvoya à la maison de peur, se souvient notre barde, que la situation ne dégénère, en ville, à la façon du huit mais 1945 dans les villes de Kherrata et Sétif. Des amis avec qui il a fait le chemin jusqu’au village lui ont rapporté ce qu’ils ont entendu a sur” la radio du Caire en remerciant Dieu que les Algériens aient fini par prendre les armes contre l’occupant français. Il se souvient également de plusieurs faits relatifs à la guerre tels qu’ils se sont déroulés dans son entourage à Taourirt-Amrane. Dans le cadre de la politique de cantonnement tendant à isoler les moudjahidine des populations, ce village accueillit les populations du village voisin, Agouni n’Teslent, avec lequel ils ont formé une seule communauté pendant près de deux ans. Dda Oussaïd a obtenu du chef de front de son village la possibilité de monter la garde pour sécuriser le déplacement des maquisards dans et autour du village. A la fin de l’année 1960, il fut arrêté par l’armée française. Cela se passa au lendemain de l’attaque d’un campement de l’armée par les moudjahidine. En réfutant les explications des chefs militaires, Oussaïd reçut un coup de pied du sergent-chef et fut fait prisonnier pendant vingt jours. Deux jours après sa libération, il reçut une convocation des services de l’armée pour se rendre en conseil de révision (visite médicale avant incorporation). Il se rendit à la caserne d’Orléans (l’actuelle Ali Khodja aux Tagarins), puis à la caserne de Bizot à Blida. Un mois plus tard, il sera incorporé à Angoulême (France). Six mois plus tard, il sera muté à Lille et y restera jusqu’à la fin de la guerre de Libération en 1962.

Des strophes pour dire la vie et ses peines

Les premiers vers de dda Oussaïd remontent au début des années soixante et portaient principalement sur la Révolution de novembre. A ce jour, il cumule plus de 4 000 poèmes. Un recueil de 118 poèmes, nous apprend notre interlocuteur, est en voie de publication. Certaines de ses compositions ont été lues à la radio chaîne II par feu Si L’Hocine Ouarab.

Notre poète est du même village que Si Youcef Ouleqi, un autre grand aède mort en 1956 et dont les compositions, transmises de bouche à oreille, n’ont pas encore connu le privilège de l’édition.

Oussaïd a eu la chance d’être conseillé par le grand chanteur Taleb Rabah en matière de prosodie et de composition, comme il a eu l’occasion lorsqu’il était en France de fréquenter Slimane Azem. Il a même composé une chanson à son percussionniste (drabki). Il nous montre des photos avec l’auteur de “Ffegh a y ajrad tamurtiw” prise au cours des années 70 à Paris. Le nouveau millénaire a marqué notre poète par l’insurrection des jeunes lors du Printemps noir. Tout un cahier sert de support à des poèmes traitant de ces tristes événements qui ont fauché plus d’une centaines de Kabyles à la fleur de l’âge.

“La paix est la fille de la guerre, ceux qui, dociles, se conduisent comme un troupeau ne peuvent prétendre à aucun droit”

La “matière première” servant de substrat à la poésie de dda Oussaïd est là, à portée de main. Il faut cependant avoir cette âme damnée de poète pour la saisir et la dire en vers. Depuis la seconde Guerre mondiale jusqu’au Printemps noir, les Kabyles ont servi de chair à canon. Ceci pour ne rien dire de la première moitié du 20e siècle et des périodes antérieures.

A partir de son village, il regarde et appréhende la société avec le regard aigu et profond de quelqu’un qui a été puissamment marqué par les événements. Il en décortique le sens et en note le passage pour, dit-il, que les postérité puissent prendre connaissance des nos errements et de nos malheurs actuels. Ici, le rôle du poète consiste à trouver les mots justes et les images appropriées pour rendre plus saisissable cette fable qu’est la vie. Des images qui étaient avant l’intervention démiurgique du poète, d’une banalité quotidienne asséchée par l’urgence. Notre barde tente ainsi de donner sens et prégnance à nos heurs, malheurs et espoirs auprès d’une société en évolution trop rapide, révisant de façon déchirante ses valeurs ancestrales et happée par le clinquant d’une douteuse modernité.

Amar Naït Messaoud
http://www.depechedekabylie.com
04 10 2008

Le destin fabuleux de Kamal Hamadi


Par Youcef ZIREM pour lakoom-info.com

Il a derrière lui une longue expérience, une carrière en or, presque incomparable. Kamal Hamadi est une étoile de la musique maghrébine depuis plus de 55 ans. Depuis toutes ces années, il n’arrête pas de chanter, de composer des musiques et des paroles pour les autres. Il élabore, en même temps, des opérettes et des pièces théâtrales.

Kamal Hamadi a écrit plus de 2.000 chansons chantées par plus de 100 interprètes différents. Certains d’entre ces chanteurs sont considérés comme les meilleurs : El Hadj Mohamed El Anka, Youcef Abjaoui, Noura, Hnifa, Ait Menguellet, Mami, Khaled, Karima, Ouardia et tant d’autres.

Kamel Hamadi vient d’être nommé, en France, Chevalier de la Légion d’Honneur. « Je suis flatté, je ne m’attendais pas à cela, le mérite est, en fait, partagé avec tous ceux qui ont interprété mes chansons et mes pièces », dit-il modestement. J’ai eu avec lui, à Paris, une longue discussion dont je reste épaté : Kamal Hamadi a connu ou a croisé l’ensemble des chanteurs du Maghreb.

Celui qui s’appelle, en fait, Larbi Zeggane, est né en 1936, à Ait Daoud, en Haute Kabylie. À 14 ans, il se retrouve à Alger où il travaille comme tailleur. Mais sa véritable passion, c’est la musique. Il ne tarde pas à entrer dans ce monde de la création et de la poésie. En 1954, il prend son nom d’artiste. Passionné du cinéma égyptien, Hamadi est un clin d’oeil à Imad Hamdi. À la radio où il fait ses débuts, sa première chanson, en arabe algérien, est interprétée par Abdelkader Fethi. Ce dernier le prend en sympathie et l’invite souvent chez lui. Et là, surprise : Kamal Hamadi entend la mère et le père de Abdelkader Fethi parler en kabyle. Kamal Hamadi aidera alors Abdelkader Fethi à chanter, plus tard, en kabyle aussi.

« Yid-em », premier succès en 1959 Pour le compte des éditions Tepaz, Kamal Hamadi enregistre, à Paris, en octobre 1959, quelques titres de sa composition dont « Yid-em » (« avec toi », une chanson interprétée en duo avec Hnifa). C’est déjà un succès considérable.

Écrire, toujours écrire, Kamal Hamadi est dans ce domaine un vrai phénomène de la nature : en plus de tous ces poèmes déjà chantés, il garde chez lui des centaines d’inédits, « des inédits prêts à être chantés tout de suite », confie-t-il. Lorsqu’il raconte sa rencontre, dans les années 50, avec Hadj Mohamed El Anka, Kamal Hamadi laisse son regard voyager dans les méandres du temps qui passe et se souvient de tout. À ce moment-là, Kamal Hamadi disait des poèmes dans une émission à la radio. El Hadj Mohamed El Anka le surprend en train de déclamer ces textes et apprécie, mais il lui demande si c’est bien lui qui en est l’auteur. Au début, le grand maître du châabi ne le croit. Mais très vite il se rend à l’évidence et lui demande de lui écrire une chanson : c’est de cette façon que naît l’inoubliable,
« Izriw yaghled Lahmali » (« Mon âme est submergée par des torrents de larmes »).

Des rencontres, Kamal Hamadi en a eues. L’une des meilleures est celle de Noura, qu’il a croisée quand elle avait 17 ans. Elle devient, par la suite, sa femme.

Le couple Kamal Hamadi et Noura est, à bien des égards, l’une des plus magnifiques réussites dans le milieu artistique maghrébin. Noura a chanté plus de 622 chansons dont près de 400 d’entre-elles écrites par son mari. Noura est sacrée, avec Slimane Azem, en 1970, disque d’or en France. Une performance que peu de chanteurs ont pu égaler par la suite.

L’ami Slimane Azem

« Si je suis dans la chanson, c’est grâce à l’amour de Slimane Azem », affirme Kamal Hamadi qui avait des relations étroites avec ce monument de la chanson d’Afrique du Nord, excommunié des médias algériens durant de longues années.

C’est d’ailleurs lui qui arrive à le convaincre de revenir à la chanson : de 1962 à 1964, Slimane Azem n’avait pas chanté et voulait quitter la scène artistique. Lorsque Slimane Azem trouve la mort, Kamal Hamadi est en tournée et ne peut pas ainsi assister à l’enterrement de son ami. « C’est le commerce qui a terni la valeur de la chanson algérienne, il n’y a plus de créateurs, de véritables compositeurs
», souligne Kamal Hamadi pour parler du présent de la chanson algérienne. Mais de belles choses
se font parfois, l’espoir d’un renouveau est donc possible.

En plus des chansons qu’il continue d’écrire, Kamal Hamadi envisage d’éditer trois livres : l’un sera constitué de ses mémoires, l’autre de ses textes, de 100 chansons, parmi les meilleures et enfin un livre de poèmes, dont certains ont été déclamés autrefois dans son émission radiophonique, « Lessrar n dunit » (« les secrets de la vie »).

Le travail de Kamal Hamadi a été, à plusieurs fois, salué par les autorités algériennes. L’une des premières consécrations a eu lieu, au début des années 80, à l’époque du président Chadli Bendjedid. La nomination comme Chevalier de la Légion d’Honneur, en France, amplement méritée, vient réconforter un maître, génial et modeste, dans son travail et sa perception du monde. Cette nomination incitera également Kamal Hamadi à créer encore d’autres merveilles artistiques. Son public, large et nombreux, les attend avec impatience.

Y.Z.

Lakoom Info n°12 Spetembre 2008
http://lakoom-info.com/magazines/lakoom/pdf/lakoom12.pdf

En vidéos …

Mohamed Fellag (Comédien) : « Le rire est libérateur »


Son dernier spectacle, Les Algériens sont tous des mécaniciens, carbure à plein régime, mais sur deux « roues ». L’humour, lui, est toujours déjanté.

- C’est un challenge pour vous de jouer avec un coéquipier ?
- Oui, cela faisait longtemps que je n’avais pas joué avec quelqu’un. Depuis 1988/89, je fais cavalier seul et ensuite j’ai pris le pli parce que c’était plus facile à l’époque pour moi. Vous vous souvenez, on est passé d’une époque heureuse à une époque terrible et le fait de jouer seul m’a aidé à m’adapter à toutes les situations, d’être plus agile, de jouer n’importe où, sans décor, sans éclairage, en improvisant sur l’actualité du moment. J’ai eu ces derniers mois une envie de revenir au théâtre et j’ai écrit ce spectacle pour moi et Marianne Epin. Le texte a beaucoup évolué avec elle. Cet été, j’ai beaucoup travaillé dessus. On travaille sur un texte plus ramassé, plus concis.
- On a parfois l’impression de redites dans ce nouveau spectacle par rapport aux précédents ?
- On a des thèmes récurrents sur lesquels on revient souvent. Ça, c’est mon univers à moi. Ce ne sont pas des redites, mais une façon d’exprimer autrement les choses, présentées autrement. C’est ma vision d’une Algérie à moi, avec les ingrédients d’aujourd’hui. Je prends des nouvelles de choses qu’il n’y avait pas avant. Je les intègre et je m’en amuse comme s’en amusent tous les jours les Algériens. Je parle aussi beaucoup des années 80, non pas seulement parce que c’est une période que je connais mieux, mais aussi parce qu’il y a là des éléments qui déterminent le pays aujourd’hui.
- Qu’est-ce que cela apporte en tant qu’acteur et auteur de travailler avec Marianne Epin ?
- C’est une actrice formidable qui m’apporte une autre façon d’être, de réagir, de dire le texte. Ce qui change c’est qu’avant, lorsque j’étais seul, je racontais, j’étais dans la peau de plusieurs personnages. Là c’est un dialogue. Je ne joue qu’un personnage. Du coup, sa réplique, son regard, ses déplacements, sa façon de prendre à bras le corps le texte, cela me permet de jouer autrement que dans mes monologues. Ce qu’on a inventé ensemble, c’est un partage. J’ai apporté le côté adresse au public, narrateur, conteur, et elle a apporté son métier d’actrice qui campe les personnages avec force. On est plus proche du théâtre traditionnel avec elle. Cela crée une mixture, une tchaktchouka intéressante avec beaucoup d’inattendus. Je ne perds pas de vue l’improvisation à laquelle mon public est habitué, tout en mettant de l’énergie pour jouer avec elle. C’est un produit hybride. On est en harmonie et on s’amuse.
- Cela fait aussi un équilibre masculin-féminin, car jusque là vous étiez un peu le mec, dans le style ar’guez, redjla ?
- Oui, cela enlève tout le côté macho de mes personnages, ar’guez tout seul, comme ça sur scène. C’est sûr que cela équilibre.
- Et cela ne donne-t-il pas aussi du sens à l’amour par exemple, évoqué de loin dans vos spectacles précédents, particulièrement aux empêchements sociaux d’exprimer l’amour en public ?
- C’est pour ça que je dis que lorsqu’on traite des mêmes thèmes, on apporte en fait toujours du neuf. On revient d’une autre façon sur des sujets. C’est l’histoire d’un couple, mais ce n’est pas la schizophrénie d’un couple. C’est un couple qui aime la vie, qui est confronté à une société mais qui est heureux, harmonieux. Un homme et une femme ouverts, pas du tout fermés sur leur monde à deux, au contraire.
- Aujourd’hui, c’est à peu près le vingtième anniversaire de votre éclosion sur scène. L’année 1988, a été celle de vos premiers one man shows à Alger. Comment revoyez-vous cette période avec le recul ?
- Pour moi, le 5 octobre a été un bouleversement total. Je me souviens bien. J’étais sur le tournage du film Lumières de Jean-Pierre Lliedo en juillet-août. On avait fini quinze jours avant les événements. Pendant le tournage, comme on tournait pas mal de nuit, on allait dans La Casbah, on traînait dans tous les quartiers populaires de la ville, on sentait qu’il y avait une ambiance, quelque chose dans l’air, un volcan qui couvait. Moi, lorsque j’étais revenu en 1985 de mon séjour au Canada puis en France, cette année et celles qui ont suivi étaient des années heureuses. L’année 1988 a été le tsunami qui a amené toute la violence qui a suivi dans les années 90. Ce que je faisais après 88, c’était plus de la survie que du bonheur proprement dit. Avant octobre, on avait l’impression, la sensation, qu’on allait vers une société qui pouvait trouver son chemin. Ça a changé ensuite.
- Et en même temps c’est 1988 qui vous fait éclore, notamment dans cette petite salle de Riad El Feth, jusqu’à la montée du FIS. Vous jouiez d’ailleurs alors que les manifestations grondaient…
- Oui, mais j’ai joué plus tard, jusqu’en 1992. J’ai arrêté en 1993, au moment où ce n’était plus possible. La situation était extrêmement dramatique et il n’y avait plus de place pour nous. Je crois que 1988 a amené la fermeture d’après. C’était un espoir d’ouverture mais en fait, c’était une fermeture annoncée.
- Dans vos spectacles et peut-être plus dans ce dernier, il y a aussi des moments où l’on n’a plus envie de rire, comme par exemple à propos des harraga ? Depuis Un bateau pour l’Australie on a évolué, c’est maintenant le radeau pour la Sicile. C’est moins drôle, non ?
- Il y avait quelque chose de prémonitoire. Comme dans tous les spectacles, il y a une part de situation surréaliste, provoquée par l’économie et la politique, et il y a aussi des moments graves avec des dénonciations, et où j’essaie de toucher les gens sur des choses qui bouleversent profondément notre société, mais avec l’humour qui compense le tragique, sinon ce serait insupportable. Le rire est libérateur. C’est un formidable moyen de dégonfler les angoisses que ce genre d’événements crée. C’est une sorte d’exorcisme. En même temps je ne suis jamais dans la moquerie ou dans le jugement primaire de ces situations là. Ce sont les situations qui font rire, jamais les personnages. Ce sont les situations qui sont ridicules, jamais les hommes ou les femmes.

Repères

Après avoir créé son spectacle à Lyon, en juin, aux Nuits de Fourvière, le comédien Fellag entame ce jeudi à Sartrouville dans la banlieue parisienne, une grande tournée en France avec pas moins de cent dates d’ici le printemps. La grande nouveauté est l’apport d’une comédienne à ses côtés, ce qui donne du relief à une pièce qui a obtenu un grand succès lors des toutes premières représentations estivales. Fellag, en bon observateur de la société algérienne qu’il a toujours été, se plait à dire que tous les Algériens sont capables de donner la solution à toute panne survenue, alors que rien ne marche.

La panne nationale est loin d’être réparée. Aux ingrédients classiques de son répertoire sur les maux de l’Algérie post-socialiste (le chômage, le « regda ou t’mangé », la crise du logement…), l’humoriste intègre sans mal des données plus actuelles, comme l’installation des Chinois dans un pays jusque-là fermé, ou encore la question des Chrétiens. Dans ce nouveau spectacle, il entretient l’idée de « l’utilisation systématique de l’humour noir par ses concitoyens pour ‘‘graisser’’ les rouages de l’espoir et de l’équilibre psychologique qui ont trop souvent tendance à se rouiller ». On rit de bon cœur, sauf que cet humour ravageur dure depuis plus de 20 ans, qu’il pèse malgré tout un peu, et on se demande quand on pourra s’esclaffer d’être enfin sortis du cambouis. Apparemment, ce n’est pas demain la veille. Alors, autant rigoler un bon coup, quitte à en pleurer aussitôt après.

Pour rappel, Fellag est né en 1950 dans un village proche d’Azzeffoun, Après ses études à l’Institut national d’art dramatique de Bordj El Kiffan, de 1968 à 1972, il a évolué dans différents théâtres régionaux. De 1978 à 1981, il s’installe au Canada, puis en France pendant trois ans. En 1985, il rentre en Algérie et réintègre le TNA, en tant que comédien et metteur en scène. À partir de 1987, il crée ses premiers one man shows et crée Tchop, premier personnage décapant qui se moque avec une réserve encore timide, des travers de l’Algérie. Il sera après l’ouverture de 1988 plusieurs semaines, seul sur scène, à Riad El Feth, avec des thématiques plus politiques et accrocheuses. Son spectacle est même diffusé à la télévision. Après les événements de 1991 et 1992, il occupe encore la scène malgré tout. Mais en 1994, il s’exile de nouveau, en Tunisie, puis en France où il crée trois spectacles : Djurdjurassic Bled, Un Bateau pour l’Australie et Le Dernier chameau.

Fellag est aussi écrivain. Il a publié trois recueils de nouvelles et deux romans : Rue des Petites Daurades (2001) et L’Allumeur de rêves berbères (2007) aux éditions J.C. Lattès. Prix de la révélation théâtrale de l’année, attribué en 1998 par Le Syndicat professionnel de la critique dramatique et Syndicale, pour Djurdjurassic Park. Prix de l’Humour noir pour Un Bateau pour l’Australie. Prix Raymond Devos pour la langue française (2003). Prix de la Francophonie. SACD (2003).

http://www.fellag.fr/

Par Walid Mebarek
http://www.elwatan.com/Mohamed-Fellag-Comedien-Le-rire
Edition du 25 09 2008

Ibn-khaldoun : un géant du génie arabe


«[Ibn-Khaldoun], c’est une gloire du Maghreb.» Le vizir Ibn-El-Khatib.

«Une des plus grandes personnalités de tous les temps.» F. Rosenthal.

Abdel Er-Rahman Ibn-Khaldoun (1332-1406) reste le plus connu des historiens arabes. Son nom seul évoque tout un passé majestueux du savoir arabe dont les Arabes en restent fiers. Il a su, à son époque, concevoir une véritable «philosophie de l’Histoire», jamais conçue avant lui, ni dans le temps, ni dans l’espace.

C’est pourquoi, pour beaucoup de philosophes, d’historiens, de sociologues, Ibn-Khaldoun est un «miracle arabe.»
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Marcel Mouloudji : Un vrai Gavroche


Ce fils d’émigré algérien a été chanteur, comédien de théâtre, acteur de cinéma, écrivain, peintre et, par nécessité, éditeur de disques et de livres. En évoquant la fameuse chanson de Boris Vian, Le Déserteur, qui reste un des plus beaux hymnes à la paix, on ne peut que penser à son interprète, Marcel Mouloudji, fils d’un émigré algérien originaire du village d’El Flaye (wilaya de Béjaïa).

Faisant partie de la première vague migratoire algérienne du début du XXe siècle, le père, Saïd Mouloudji, fuyant la misère du pays, débarque en France à la fin de la Première Guerre mondiale. Il aurait exercé comme ouvrier agricole avant de devenir maçon et de s’installer à Paris. Il épouse une Bretonne connue pour être très pieuse. De cette union, nait le 16 septembre 1922, à Belleville, Marcel Mouloudji, aîné de la famille.

Outre des conditions de vie difficiles dans un logis obscur du 19e arrondissement, l’enfant assistera à la déchéance terrible de sa mère ravagée par l’alcoolisme et la folie. Son internement en asile marquera à jamais Mouloudji. Privé de cette mère, même quand elle était encore au domicile familial, il découvre très tôt les rues pauvres et dures de Paris et leur population cosmopolite et bigarrée : défavorisés, marginaux, exilés, malfrats, prostituées, artistes en bohême… Dans cet univers grouillant, où la joie arrive à germer parfois sur la misère, et où l’on ne parle que l’argot, le petit Mouloudji devient un Gavroche des temps modernes.

Très tôt, son goût pour l’expression envahit ses passions et elle lui apparait comme le seul chemin capable de lui faire transcender ses douleurs et sa condition. Il ne sait pas encore ce qu’il sera mais il sait que ce sera pour contribuer au changement d’un monde injuste et cruel. Avec son frère, André, il écume déjà les trottoirs pour des petits boulots mais surtout pour chanter. Il a 14 ans en 1936 quand un réalisateur le remarque dans la rue, attiré par son visage particulier, sa tignasse rebelle, ses yeux tombants qui louchent un peu, sa dégaine de titi parisien. Il devient ainsi Toto dans Ménilmontant de René Guissart. Tout de suite après, il joue dans La Guerre des gosses de Jacques Daroy puis Jenny du grand réalisateur Marcel Carné. Il est déjà passionné de politique. Son père, comme de nombreux ouvriers algériens émigrés, engagés dans les luttes syndicales, est séduit par le Parti communiste français. Selon le témoignage d’un natif de son village, il aurait également été proche de l’Etoile nord-africaine, premier parti nationaliste créé en 1926 à Paris par Messali El Hadj, alors allié aux communistes. Le père, sans doute pour ne pas laisser l’enfant livré à lui-même, l’emmène avec lui aux meetings du PCF. Mouloudji, politisé de manière précoce, gardera de cette période un engagement qu’il poursuivra jusqu’à la fin de sa vie. Fasciné par les discours des leaders, les reliant affectivement aussi à son père, il restera pendant assez longtemps proche des idées de ce parti auquel il n’aurait jamais adhéré, réfractaire aux embrigadements et ouvert à toutes les gauches. Au début de son adolescence, il entre dans une association créée par le parti et destinée aux jeunes : les Faucons Rouges.

Là, il esquisse le dessin de son existence fondée sur l’art et l’engagement, en créant au sein de l’association un groupe artistique. Cette activité lui permet d’entrer en contact avec des personnages : Sylvain Etkine, metteur en scène dans le groupe Octobre, dépendant de la Fédération des théâtres ouvriers de France, Jean-Louis Barrault, futur sociétaire de la comédie française, Roger Blin, grand acteur et metteur en scène de théâtre… Deux autres rencontres seront déterminantes pour lui, celle avec l’écrivain Marcel Duhamel qui l’encourage, l’introduit et lui fait découvrir la littérature et celle avec le poète Jacques Prévert avec lequel débute une relation forte et durable. Conscient de ses insuffisances et poussé par ses « parrains », il suit des cours d’art dramatique. Nous sommes en 1936. L’adolescent Mouloudji a déjà joué dans trois films. Pendant que gronde en Europe la menace fasciste et que l’Espagne est plongée dans la guerre civile, le Front populaire déferle sur la France. Mouloudji se retrouve complètement impliqué dans ce mouvement. Il rejoint les artistes qui se solidarisent des grandes grèves et se produisent dans les usines. C’est l’année aussi où il joue son premier véritable rôle au théâtre dans Le Tableau des merveilles écrit par Jacques Prévert à partir d’un texte de Cervantès.

Mais la boulimie d’expression de Mouloudji ne peut se suffire d’un art ou deux. Il veut « tout dire » comme l’écrivait Eluard et de toutes les manières. Malgré son jeune âge, il est déjà présent dans plusieurs disciplines, talentueux dans la plupart d’entre elles, naturellement doué. Ses premiers rôles lui ouvrent les portes du cinéma et il est retenu pour de nombreux films qui l’amènent souvent aux studios des Buttes-Chaumont, au-dessus du quartier de son enfance. Il est remarqué particulièrement dans Les disparus de Saint-Agil (1938) de Christian Jacques. Puis la guerre mondiale éclate. Les Allemands occupent Paris. Avec les membres du Groupe Octobre, il se réfugie à Marseille. Echappant de justesse au service du travail obligatoire grâce à son frère, malade, qui passe la visite médicale à sa place, il remonte à Paris où il vit dans une « semi-clandestinité ». A-t-il eu alors des liens avec la résistance ? Ou mettait-il tout son engagement dans son art, comme il le fit toujours ? Une autre rencontre l’influence, celle du chanteur Francis Lamarque qui réveille en lui ses premières passions. Il apparaît alors dans les cabarets les plus renommés de Paris et fréquente Saint-Germain-des-Prés où il rencontre artistes et écrivains et fréquente de près Sartre et Simone de Beauvoir.

A la Libération, il publie Enrico, une autobiographie romancée qui obtient le prix de la pléiade 1944 ! Une autre corde à son arc qui donnera le jour à plusieurs autres ouvrages : En souvenir de Barbarie (1945), Le petit vaincu (1963), Un garçon sans importance (1972), La guerre buissonnière, La Fleur de l’âge, etc. publiés chez Gallimard ou par la petite maison d’édition qu’il a créée et qui porte son nom. Il a 23 ans et le chant l’attire plus que jamais sans qu’il ne renonce à sa carrière d’acteur, devenant même une petite vedette de l’époque. Mais il choisit ses films, privilégiant la qualité et refusant les ouvertures du cinéma commercial. Il est remarqué dans Boule de Suif (1947) de Christian Jacques et surtout Nous sommes tous des assassins (1952) d’André Cayatte. Au total, il aura joué dans près de 50 films et documentaires, dont, chose rare, sept où il interprète son propre personnage ! En tant qu’acteur, il fait ses dernières apparitions au cinéma en 1958 avec Rafles sur la ville de Pierre Chenal et un film hispano-suédois, Llegaron dos hombres.

Interdit d’antenne

C’est à travers la chanson qu’il creusera son image d’artiste et l’essentiel de sa carrière polyvalente. Son répertoire va se construire d’abord sur l’interprétation et surtout à partir des textes de Boris Vian et Jacques Prévert. En mai 1954, il est le premier à chanter Le déserteur au Théâtre de l’Œuvre, à Clichy, le jour même de la prise de Dien-Bien-Phu par l’armée vietnamienne. Les milieux de droite et d’extrême-droite ne le lui pardonneront pas et quand éclate la guerre de Libération nationale en Algérie, six mois après, on ne manquera pas d’évoquer ses origines. La chanson est interdite d’antenne. Il avait pourtant, avec l’accord de Boris Vian, changé l’apostrophe, remplaçant Monsieur le Président par Monsieur qu’on nomme grand. De même, sur sa proposition, la fin « Prévenez vos gendarmes que je possède une arme et que je sais tirer » était devenue « … que je n’ai pas d’arme et qu’ils pourront tirer ».

Tout au long de sa carrière, il connaîtra d’autres censures, plus pernicieuses et plus efficaces aussi. Mais les déboires du Déserteur lui gagnent la sympathie et l’admiration d’un public fidèle qui a déjà apprécié ses propres créations puisqu’en 1953, il avait déjà obtenu le Grand prix du disque avec sa chanson-phare Comme un p’tit coquelicot. Lauréat aussi du Prix Charles-Cros en 1952 et 1953, il est aux premières loges du succès. Et, en 1954, sa chanson Un jour, tu verras obtient un succès considérable. Ses engagements politiques et son refus de céder aux obligations du show-business viennent contrecarrer son élan. Il quitte la compagnie Vogue en 1961 pour fonder sa propre maison de production, une simple coopérative créée avec des artistes. Il encourage la chanson à texte et c’est lui qui lance Graeme Allwright, jeune néo-zélandais qui chante en français. L’industrie du disque le broiera avec la complicité des médias et des distributeurs et Mouloudji tombe dans l’oubli et se voit obligé de chercher d’autres sources de subsistance comme un salon de coiffure en 1966 !

Avec les évènements de Mai 1968, il réapparait comme à ses débuts en chantant gratuitement dans les usines en soutien aux ouvriers. Il enregistre alors plusieurs disques militants : les chants de la Résistance, ceux de la Commune de Paris de 1871… Il reprend Allons Z’enfants de Boris Vian, écrite en 1952 et aussi antimilitariste. En 1974, il participe au gala de soutien au peuple chilien. Et son public s’élargit à de plus jeunes spectateurs. Il écrit à nouveau, sort d’autres chansons et notamment Le bal du temps perdu, Grand prix du Disque 1977. Il triomphe à l’Olympia en 1975. Mais on ne lui laisse que les succès de scènes car on ne peut empêcher ses admirateurs d’aller l’écouter ce qui l’oblige à multiplier les tournées jusqu’à l’épuisement. Les médias l’ignorent et surtout les radios et les télévisions dont le silence limite la promotion de ses disques. Cet étouffement le mine et il reprend l’écriture et la peinture, un autre de ses violons d’Ingres. Il a 70 ans quand il sort courageusement un dernier album malgré une pleurésie qui handicape sa voix. En 1994, il donne deux récitals avant de rendre l’âme le 14 juin 1994, sans avoir pu achever ses mémoires…. Dans le village de son père, dans la vallée de la Soummam, le tout petit et méritoire musée consacré à l’histoire locale lui réserve avec fierté un cadre avec photo et biographie.

Par Mokhtar Bennadri

Tahar Djaout (portrait)


Tahar Djaout est un écrivain et poète algérien d’origine kabyles et d’expression française, né le 11 janvier 1954 à Oulkhou (Ighil Ibahriyen) près d’Azeffoun. En 1993 il fut l’un des premiers intellectuels algériens assassinés.
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