Le capitalisme contre la démocratie, par Noam Chomsky


La liberté de circulation des capitaux et les libertés démocratiques sont en relation inverse, affirme Chomsky. Le « droit de vote » accordé aux investisseurs, qui peuvent désormais faire tomber une économie en retirant leurs capitaux, équivaut à une interdiction de fait des politiques qui pourraient leur nuire. Keynes, qui fut le négociateur Britannique à Bretton Woods, considérait que le plus grand succès de la conférence avait été la possibilité donnée aux états de restreindre la circulation des capitaux. Le temps est sans doute venu de l’entendre à nouveau.

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Qui est derrière la crise financière?


La manipulation des marchés et les spéculateurs institutionnels.

Le marché est fortement manipulé. La force motrice derrière la crise se situe dans les opérations spéculatives. Le système de « régulation privé » sert les intérêts des spéculateurs.

Alors que la plupart des individus investisseurs enregistrent des pertes lorsque le marché s’effondre, les spéculateurs institutionnels gagnent de l’argent lorsque se produit un effondrement financier.

En fait, le déclenchement d’un effondrement du marché peut s’avérer une entreprise très rentable.

Il y a des indices que les régulateurs de la Security Exchange Commission (SEC) [NDT : L’équivalent étasunien à l’Autorité des marchés financiers] ont créé un environnement qui soutient les transactions spéculatives.

Il existe plusieurs instruments, dont les contrats à terme, les options, les fonds indiciels, les produits dérivés, etc. qui sont utilisés pour faire de l’argent lorsque la bourse s’écroule.

Plus elle chute, plus les gains sont importants.

Ceux qui la font chuter sont également ceux qui spéculent sur son déclin.

Avec une connaissance anticipée et des informations privilégiées, un effondrement des valeurs du marché constitue une opportunité lucrative, voire une mine d’or, pour une catégorie privilégiée de puissants spéculateurs qui ont la capacité de manipuler le marché de façon appropriée et au moment approprié.

La vente à découvert (Short selling)

Un important instrument utilisé par les spéculateurs pour faire de l’argent lors d’une crise financière est « la vente à découvert. »

La vente à découvert consiste à vendre de grandes quantités d’actions que vous ne possédez pas et de les acheter sur le marché une fois que le prix s’est effondré, en vue de conclure la transaction et d’encaisser les profits.

Le rôle de la vente à découvert lors de l’effondrement d’entreprises est bien documenté. L’effondrement de Lehman, Merrill Lynch et Bear Stearns est en partie attribuable à la vente à découvert.

La vente à découvert a également été largement utilisée sur le marché des devises. Il a été l’un des principaux instruments utilisés par les spéculateurs au cours de la crise asiatique de 1997 pour faire chuter le baht thaïlandais, le won coréen et la rupiah indonésienne.

La spéculation sur les principaux marchés de devises caractérise également la crise financière en cours. Il y a eu de grandes fluctuations dans la valeur des devises par rapport au dollar canadien qui, par exemple, a perdu 10% de sa valeur en l’espace de quelques jours.

La guerre financière
Il y a des indices que la chute de Morgan Stanley a été concoctée par des rivaux. La veille de l’instauration de l’interdiction de la vente à découvert le 18 septembre, Morgan Stanley a fait l’objet d’attaques spéculatives par des rivaux:

John Mack, le PDG de Morgan Stanley, a déclaré dans une note interne aux employés mercredi [le 17 septembre]: « Qu’est-il en train de se produire? Il est très clair pour moi que nous sommes au milieu d’un marché contrôlé par la peur et les rumeurs et que ceux qui vendent à découvert font couler notre action » (Financial Times, 17 septembre 2008)

Morgan Stanley a aussi fait l’objet de doutes exprimés par l’agence de cotation Moody’s, ce qui a contribué à la vente à faible prix des actions de Morgan Stanley par les investisseurs.

Moody’s a déclaré s’attendre à ce qu’un « ralentissement probable dans l’activité du marché mondial des capitaux réduise les recettes de Morgan Stanley ainsi que ses bénéfices potentiels en 2009, et peut-être au-delà de cette période. »

En revanche JP Morgan Chase, contrôlée par la famille Rockefeller, a grimpé de près de 12%. JP Morgan Chase et Bank of America ont consolidé leur contrôle sur le paysage bancaire étasunien.

Une interdiction temporaire de vente à découvert

A la suite de l’effondrement des marchés boursiers du lundi noir le 15 septembre, la Security Exchange Commission (SEC) a instauré une interdiction temporaire de vente à découvert. Dans une amère ironie, la SEC a dressé la liste d’un certain nombre d’entreprises qui étaient « protégées par les régulateurs de ceux qui font de la vente à découvert. » L’interdiction de vente à découvert du 18 septembre de la SEC concernait en grande partie les banques, les compagnies d’assurance et autres entreprises de services financiers.

L’effet d’avoir été sur une « liste de protégées » a été vain. C’était équivalent à mettre ces entreprises sur une « liste de cibles. » Si la SEC avait instauré une interdiction permanente de la vente à découvert avec le gel de toutes formes de commerce spéculatif dont les fonds indiciels et les options, cela aurait contribué à réduire la volatilité du marché et à freiner l’effondrement.

L’interdiction de la vente à découvert a été appliquée en vue d’établir la liste des protégées. L’interdiction a pris fin mercredi le 8 octobre à minuit.

Le lendemain matin, jeudi le 9 octobre, lorsque le marché a ouvert, ces entreprises sur la « liste des protégée » sont devenues « non protégées » et ont été la première cible des attaques spéculatives, engendrant un effondrement spectaculaire de l’indice Dow Jones jeudi le 9 et vendredi le 10.

Le cours des événements était entièrement prévisible. La levée de l’embargo sur la vente à découvert a contribué à accentuer la chute des marchés boursiers. Les entreprises qui étaient sur la liste ont été les premières victimes de l’attaque spéculative.

Les actions de Morgan Stanley ont diminué de 26 % le 9 octobre, à l’expiration de l’interdiction de la vente à découvert et d’un autre 25 % le jour suivant.

Les régulateurs servent les intérêts des spéculateurs La SEC était pleinement consciente du fait que l’interdiction de la vente à découvert servirait à exacerber la chute.

Pourquoi l’ont-ils mise en oeuvre? Comment ont-ils justifié leur décision?

Dans une logique tordue, la SEC, qui en grande partie sert les intérêts des spéculateurs institutionnels, conclut en citant les résultats d’une recherche académique, que la vente à découvert contribue à réduire l’instabilité du marché, ce qui justifie l’abrogation de l’interdiction de la vente à découvert du 18 septembre.

par Michel Chossudovsky

Mondialisation.ca, Le 13 octobre 2008

Article original en anglais, Who is Behind the Financial Meltdown? Market Manipulation and the Institutional Speculator, publié le 11 octobre 2008.

Traduction de Dany Quirion pour Alter Info.

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=10545

Khaled Nezzar, ancien ministre de la défense : « S’il y a eu un complot, il était en dehors de l’Armée et contre elle »


Il refuse de s’exprimer encore une fois sur le sujet, en estimant en avoir trop dit, mais il reprend les extraits de plusieurs de ses déclarations publiques et de ses livres témoignages, pour éclairer l’opinion publique sur une étape des plus douloureuses de l’Algérie. Dans ses écrits, le général accuse directement l’ancien président, Chadli Benjedid, qui avait dirigé le pays de la fin 1979 jusqu’à janvier 1992.

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Miracle financier à Alger ?


Par Abed Charef. La crise qui ébranle le système financier mondial ne touche que modérément l’Algérie. Faut-il pour autant s’en féliciter? Rien n’est moins sûr, au vu de ce que cela peut signifier pour le pays.

C’est un véritable «tsunami» qui menace la finance internationale. Les entreprises concernées sont des géants de la finance, les sommes en jeu sont colossales et les mesures prises sont à la mesure de l’enjeu: elles ne tiennent plus compte des préjugés politiques et idéologiques. Ainsi, les gouvernements prennent des mesures contraires à leurs choix politiques. Des exécutifs de droite sont amenés à nationaliser des banques pour éviter la banqueroute, alors que des équipes de gauche soutiennent des banques privées, pour ne pas sombrer avec leur économie.

Cette déferlante n’aura, pourtant, qu’un impact modéré sur l’Algérie. Les effets de la crise se feront sentir essentiellement sous deux aspects. En premier lieu, évidemment, sur le prix du pétrole.

La crise risque, en effet, d’avoir un effet durable sur le prix de ce produit qui constitue la quasi-totalité des recettes du pays en devises. La récession, déjà en place, a déjà fait perdre au pétrole plus de 50 dollars, soit plus de la moitié de son prix actuel.

Dans les années qui viennent, une récession durable aux Etats-Unis entraînerait l’ensemble de l’économie mondiale vers le bas. Les pays émergents ne pourront compenser la dégringolade américaine, d’autant plus qu’eux-mêmes en subiront, de plein fouet, les effets, car une Amérique en crise ne peut maintenir le flux des importations en provenance de la Chine, par exemple, ce qui risque de porter un sérieux coup à la croissance chinoise.

Qui dit récession, dit baisse de la consommation d’énergie, avec un recul ou, au mieux, une stagnation des prix du pétrole.

A cette menace, s’ajoute une autre, liée à la valeur du dollar: que vaudra la monnaie américaine si le monde s’installe dans une récession durable? On a déjà vu le dollar perdre le tiers de sa valeur, en quelques mois, dans des conditions normales.

En période de crise, le rythme peut s’accélérer, particulièrement si les autorités américaines font le choix d’un dollar faible, pour relancer leur propre économie. Et même si le pire n’est pas forcément à venir, il n’empêche qu’il s’agit d’un scénario à ne pas écarter: avec un euro à deux dollars, conjugué à un pétrole entre soixante et soixante-dix dollars, l’Algérie aura à peine de quoi payer ses importations.

L’Algérie fait ainsi face à deux facteurs: prix du pétrole et cours du dollar, sur lesquels elle n’a, absolument, aucune prise. Elle est condamnée à subir et à se contenter d’atténuer les effets de la crise. La marge est très réduite, parfois nulle. D’autant plus que le pays, contrairement à ce qu’affirment les officiels, ne sait ni imaginer des solutions, ni les mettre en place.

Pour l’heure, les dirigeants algériens affirment qu’ils ont mené deux actions parallèles, qui auraient évité à l’Algérie de sombrer dans la crise. La première concerne le remboursement par anticipation de la dette extérieure. Ce n’est pourtant pas un exploit. C’est même le minimum que puisse faire un gouvernement endetté, disposant de beaucoup d’argent, et incapable d’investir. La seconde mesure concerne le placement des surplus financiers en bons du trésor américains et dans d’autres banques centrales. C’est une solution peu rentable, mais qui a l’avantage d’offrir des garanties solides. Et contrairement à certaines idées répandues, en période de crise, le placement en bons de trésor américains est l’un des plus recommandés, car la garantie de l’Etat américain reste la plus sûre.

Ce choix repose sur un postulat: l’Algérie est définitivement incapable de faire fructifier son argent. Ce qui semble être le cas. Il ne reste, dès lors, plus qu’à trouver la meilleure formule, non pour rentabiliser ces réserves en devises, mais pour ne pas les dilapider. Dans ce cas de figure, le gouvernement a raison de recourir aux bons du trésor américains, qui offrent de solides garanties, malgré leur rentabilité faible, voire négative.

De là, utiliser la crise pour justifier la méfiance envers l’idée de créer un fonds souverain, il y a un pas que M. Karim Djoudi a trop rapidement franchi. En effet, le ministre a affirmé que la crise actuelle constitue une preuve à postériori que les fonds souverains comportent trop de risques. Dans son raisonnement, le ministre des Finances se base sur trois postulats. Il prend la situation actuelle de crise comme repère. Or, les fonds souverains doivent s’installer dans la durée. Même s’ils perdent de l’argent dans un créneau, à un moment de crise, leurs pertes sont largement compensées grâce à ce qu’ils gagneraient ailleurs. En outre, le ministre des Finances suppose qu’un fonds souverain algérien aurait investi toutes les réserves du pays en devises dans des entreprises non viables. Or, l’idée même de fonds souverain procède d’une logique inverse: gagner de l’argent en minimisant les risques, et non jouer au poker en misant toutes les réserves sur un seul créneau. Il s’agit donc de diversifier les investissements, en diversifiant les secteurs d’activités et les pays d’accueil, de multiplier les placements à petites doses, et de n’utiliser que les excédents qui ne sont pas susceptibles d’être investis.

En fait, M. Djoudi justifie l’immobilisme algérien face à la crise. Ce qui est de bonne guerre. A sa décharge, il faut tout de même souligner que la situation le dépasse en fait, le système algérien étant totalement incapable de créer, de gérer et de rentabiliser un fonds souverain. Sans oublier que personne ne possède, en Algérie, la légitimité nécessaire pour prendre des risques ou, au moins, innover.

Mais on peut imaginer le cas inverse: c’est le moment ou jamais de faire d’excellentes affaires, d’acheter pour une bouchée de pain des banques prestigieuses qui se trouvent en difficulté. BNP Paribas vient de mettre près de quinze milliards d’euros pour racheter Fortis, alors que de grandes banques américaines ont été rachetées pour un dixième de leur valeur. C’est le moment de faire les courses. Les réserves de change de l’Algérie lui permettraient d’acquérir des entreprises qui rapporteraient autant que les hydrocarbures. Mais l’Algérie est hors jeu. Elle ne peut le faire. Elle s’est condamnée depuis longtemps à l’inaction.

Et si la crise a, aujourd’ hui, peu d’impact sur l’Algérie, cela n’est pas dû à des initiatives du gouvernement, mais précisément au manque d’initiatives. L’Algérie sortira indemne de la crise parce qu’elle est déconnectée du monde. Son économie est hors temps.

Lundi soir, pendant que les bourses mondiales plongeaient, celle d’Alger affichait une sérénité extraordinaire: aucune variation sur l’ensemble des valeurs proposées. Signe de force? Non, de déconnexion totale. Car dans le monde d’aujourd’hui, il est préférable de subir la crise plutôt que d’être out. Ce n’est pas du masochisme. Subir les effets de la crise, cela suppose qu’on est un acteur de l’économie mondiale, qu’on est en plein dans la mondialisation. La Corée du Sud a subi une grave crise en 1997. Cela ne l’a pas empêchée de rebondir et de devenir un acteur central de la nouvelle donne économique. C’est la preuve que c’est un pays qui avance, qui acquiert de la maturité et de l’expérience, et qui a fait une partie du chemin. Quand à l’Algérie, elle n’a pas encore démarré.

La sagesse populaire partage les commerçants en trois catégories: ceux qui vont au marché pour faire des affaires et gagnent de l’argent, ceux qui vont au marché et perdent de l’argent, et enfin, ceux qui ne sont pas, du tout, allés au marché. L’argent n’est pas touché par la crise parce qu’elle n’est pas allée au marché.

Abed Charef
http://www.lequotidien-oran.com/?news=5110175

Synthèse dz-live.com

05 octobre 1988: L’énigmatique « chahut de gamins »


20 ans déjà ! Octobre 1988 restera une date marquante de l’histoire de l’Algérie. Le 1er Novembre 1954 a libéré le peuple algérien du colonialisme français, le 5 Octobre a débarrassé le pays du diktat du parti unique et a mis les premiers jalons d’une Algérie démocratique. Qu’est-il arrivé au juste ? Faussement, on parle du soulèvement du 5 Octobre.

En réalité, tout a commencé le 4 octobre au soir quand des jeunes venus l’on ne sait d’où ont manifesté violemment à Bab El Oued, détruisant les édifices publics et les bus de la RSTA notamment. Le mouvement s’est poursuivi durant plusieurs jours et s’est étendu à d’autres villes du pays. Comment en est-on arrivé là ? Qui a été derrière ce mouvement ? Quel a été l’élément déclencheur ? En apparences, le pouvoir a été pris de court, au point que le président de l’amical des Algériens en Europe de l’époque, Ali Amar, interrogé par la presse française, a cherché à minimiser l’événement en le traitant de « chahut de gamins », une casserole qu’il traîne jusqu’à ce jour et qui a mis fin à sa carrière politique. Aucun homme politique, aucun observateur, aucun historien n’a jusqu’à ce jour une réponse exacte quant à l’origine de la révolte. Chacun y va de son hypothèse. Certains disent même que c’est le président Chadli Bendjedid qui, sans le vouloir, a mis le feu au pouvoir. En effet, le 20 septembre 1988, devant les cadres du FLN, il prononce un discours très dur sur la situation politique, économique et sociale du pays. Il a dénoncé ceux qui se sont infiltrés dans les hautes sphères de l’Etat et avait évoqué (déjà !) la nécessité d’une réforme radicale du système d’éducation, d’enseignement et de formation, un projet qui ne pouvait que déplaire aux bâassistes qui ont réussi à imposer un enseignement totalement rétrograde et qui, avec le temps, est devenu une machine à produire des terroristes. « L’économie nationale, avait dit le chef de l’Etat, était subventionnée par le Trésor public et d’autres revenus tels que le pétrole et le gaz qui ne sont pas le fruit de l’effort mais (…) une richesse providentielle. Je dirais quand à moi que c’est probablement un frein, car nous avons beaucoup compté sur les revenus faciles. » Un constat qui a fait certainement peur à tous ces parasites qui vivaient aux crochets de l’Etat au nom d’une légitimité douteuse et dépassée. « Certains de ces responsables exercent au sommet, au seins d’institutions et parti et du gouvernement ou dans d’autres structures. » Il n’en fallait pas plus pour faire peur à tous ceux qui vivaient aux frais de la princesse. Ce qui a aussi fait dire à des analystes que les gens ciblés par ce discours ne pouvaient que réagir et déstabiliser l’Algérie pour ne pas perdre leurs privilèges, car ils étaient convaincus qu’à partir de ce moment-là Chadli allait donner un grand coup de balai. N’a-t-il pas dit que « la vision commençait à devenir plus claire et les éléments qui , dans le passé, évoluaient dans un climat confus, commençaient à être démasqués », ajoutant plus loin que « quiconque n’est pas à la hauteur doit laisser sa place à ceux qui ont la capacité d’assumer leurs responsabilités ». Ce discours a-t-il donc provoqué le 5 Octobre ? Cela ne reste qu’une hypothèse, car il n’existe aucune preuve pour l’affirmer avec certitude. Le FLN, craignant pour ses privilèges, a-t-il décidé de passer à l’action pour contrecarrer le projet présidentiel ? Une haute personnalité, témoin acteur à l’époque des faits, n’y croit pas du tout. « Le parti est très frileux et ne pouvait avoir ni l’intelligence ni le courage pour déclencher un mouvement d’une telle nature », nous a déclaré cet ancien dirigeant. Pour lui, le mouvement du 5 Octobre était spontané. « Il n’y a eu ni manipulation étrangère ni complot préparé de l’intérieur », affirme-t-il. La crise était là. L’Algérie n’avait plus ni semoule, ni huile, ni lait et autres produits de première nécessité. L’Etat n’était plus en mesure d’assurer les salaires des fonctionnaires au point qu’il a fallu recourir à la planche à billet. Pour ce haut responsable, les soupçons au départ se sont portés sur le PAGS. Ce dernier avait déclenché une grève à la base Sonatrach de Beni Merad et aurait menacé de faire défiler les grévistes à Alger le 30 septembre. La grève a été durement réprimée. « Nous avons fini par comprendre que les communistes n’étaient mêlés ni de près ni de loin avec la révolte des jeunes », a soutenu notre interlocuteur. Le même constat a été fait par le défunt Medjoub Lakehal Ayat à l’époque patron de la DGPS (Direction générale de la prévention et de la sécurité) l’ancêtre de l’actuelle DRS. « J’ai discuté à l’époque avec les dirigeants du PAGS. Ils m’avaient fait l’engagement ferme qu’ils ne se mêleraient pas de la révolte et ils avaient tenu parole », avait -il affirme à l’auteur de ces lignes. Mais il avait refusé de dire si le 5 octobre a été spontané ou préparé par des forces non-identifiées. Pourtant, dès le 20 septembre, la rumeur publique annonçait une « grève générale » pour cette date. Un ministre proche à l’époque de Chadli abonde dans ce sens. « Il y a eu préméditation et manipulation, soutient-il. C’était un secret de Polichinelle. Même les femmes de ménage savaient une semaine auparavant qu’il allait y avoir un soulèvement populaire. » Pour lui, il y avait des signes avant-coureurs. Les lycées ont commencé à bouger. Les lycéens demandaient les conditions d’amélioration du travail et étaient décidés à agir, a-t-il dit. « La preuve ? durant ces journées chaude, des gens inconnus étaient vus avec des talkies-walkies dans plusieurs quartiers d’Alger en train de donner des instructions aux émeutiers. Les sièges du FLN ont été les premiers à être attaqués », a-t-il rappelé. Pour tous nos interlocuteurs, les islamistes étaient absents de la scène et n’ont joué aucun rôle dans le déclenchement des événements.

Pour notre témoin, « ce n’est que plus tard que le pouvoir a été débordé sur sa droite pour avoir autorisé les barbus à passer à l’action ». Effectivement, les islamistes ne se sont manifestés que le 10 octobre. Ce jour-là, un grand rassemblement a été organisé à la place du 1er Mai, Ali Benhadj enflamme les foules et leur demande de le suivre dans une marche qui les conduira jusqu’à la place des Martyrs, à croire qu’il les menait vers un piège. En effet, en cours de route, lui et les autres dirigeants du FIS s’évaporent dans la nature. Ils ont bel et bien envoyé les manifestants dans la gueule du loup, sinon comment expliquer leur absence à la place des Martyrs. Pour tous les observateurs, ils ont monté une grande provocation pour obliger l’armée à tirer sur la foule. Selon des témoins, dont des journalistes, c’est de celle-ci que sont partis les premiers coups de feu contre un chars de l’ANP, obligeant de jeunes militaires inexpérimentés à riposter. Le bilan réel de la tuerie n’a jamais pu être établi avec certitude. Une chose est sûre : ce jour-là marque un tournant dans l’histoire de l’Algérie. Ce jour-là, les islamistes, dirigés notamment par Abassi Madani, apparaissent au grand jour, croyant la victoire à portée de main. Leur programme, empêcher l’émergence d’une Algérie démocratique et moderne et créer un Etat théocratique à l’image de celui instauré par les talibans en Afghanistan. Pour cela, ils n’hésiteront pas à imposer au peuple algérien la violence la plus barbare comme par exemple mettre un bébé d’un mois dans le four d’un cuisinière et le faire frire avec de l’huile de vidange. Mais rapidement, leurs principaux commanditaires sont connus. Il s’agit e l’Iran, de l’Arabie Saoudite, du Soudan et de certaines monarchies du Golfe. Face à la déferlante intégriste, l’armée revient sur scène et réussira avec les autres forces de sécurité, les patriotes et la mobilisation populaire à briser le complot. Mais à toute chose malheur est bon, grâce au 5 Octobre, le monopole du parti unique s’est cassé, le multipartisme s’est instauré et nous avons assisté à l’émergence d’un capital non négligeable : une presse libre et indépendante à laquelle le peuple algérien n’est pas près de renoncer. Une nouvelle Algérie venait de naître. Malheureusement, l’actuel pouvoir veut la remettre en cause dans le but de la prolonger dans l’archaïsme et l’obscurantisme, à l’image de ce que vivent les peuples du Golfe.

http://www.elwatan.com/L-enigmatique-chahut-de-gamins
Par Tayeb Belghiche

Albert Einstein : Pourquoi le socialisme ?


Est-il convenable qu’un homme qui n’est pas versé dans les questions économiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme ? Pour de multiples raisons je crois que oui.

Considérons d’abord la question au point de vue de la connaissance scientifique. Il pourrait paraître qu’il n’y ait pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie, par exemple, et l’économie : les savants dans les deux domaines essaient de découvrir les lois généralement acceptables d’un groupe déterminé de phénomènes, afin de rendre intelligibles, d’une manière aussi claire que possible, les relations réciproques existant entre eux. Mais en réalité de telles différences existent. La découverte de lois générales en économie est rendue difficile par la circonstance que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par beaucoup de facteurs qu’il est très difficile d’évaluer séparément. En outre, l’expérience accumulée depuis le commencement de la période de l’histoire humaine soi-disant civilisée a été — comme on le sait bien — largement influencée et délimitée par des causes qui n’ont nullement un caractère exclusivement économique. Par exemple, la plupart des grands États dans l’histoire doivent leur existence aux conquêtes. Les peuples conquérants se sont établis, légalement et économiquement, comme classe privilégiée du pays conquis. Ils se sont attribués le monopole de la terre et ont créé un corps de prêtres choisis dans leur propre rang. Les prêtres, qui contrôlèrent l’éducation, érigèrent la division de la société en classes en une institution permanente et créèrent un système de valeurs par lequel le peuple fut dès lors, en grande partie inconsciemment, guidé dans son comportement social.

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Archaïsmes et repères perdus


par Abdou B. «Moi qui règne, je suis plus soumis à mon peuple qu’aucun de mes sujets ne l’est à moi».
(St Exupéry)

Le Chef du gouvernement a été plus explicite que son prédécesseur, en confirmant ce qui n’était qu’une éventualité par d’autres qui ont occupé l’espace journalistique pendant des mois. Le président de la République est candidat à sa propre succession. Il ne reste que l’annonce des modalités techniques et juridiques qui seront arrêtées par le chef de l’Etat. Un référendum qui serait coûteux ou le passage par le Parlement, sachant que toutes les chances et les conditions pour la victoire sont réunies pour M. Bouteflika. Tout a été dit et écrit sur les nouveaux salaires des parlementaires pour les rendre plus souples pour ce qui est des futurs amendements constitutionnels.

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« Nos placements en obligations du Trésor américain se font à perte »


Mourad Benachenhou, ancien ministre de l’économie.

Le débat sur la crise financière internationale et l’impact qu’elle pourrait avoir sur l’Algérie continue de susciter la réaction des experts. Dans une contribution publiée hier dans Le Quotidien d’Oran, Mourad Benachenhou, économiste et ancien ministre de l’Economie, analyse cette crise et s’interroge sur les conséquences qui peuvent en être attendues sur l’économie algérienne.

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Pour qui court Al-Qardaoui ?


Le théologien qatari d’origine égyptienne, Youssef Al-Qardaoui , surnommé par certains médias arabes «l’imam cathodique», n’a pas son pareil pour exalter les sentiments et la foi des millions de téléspectateurs qui regardent et suivent pieusement son émission.

Celui qui, dans les années 1990, avait qualifié les islamistes armés de chez nous de «valeureux enfants qui défendent leur religion», est coutumier des controverses que soulèvent certains de ses propos sur la chaîne Al-Jazeera. En avril dernier, sa fetwa qualifiant de «licite» la consommation de boissons faiblement alcoolisées a été l’occasion d’un débat (non tranché d’ailleurs) entre ceux qui ont applaudi sa «fetwa» et ceux qui l’ont désapprouvée.

Il en a été de même de ses commentaires approuvant les attaques kamikazes contre les forces américaines en Irak. Sauf que, dans ce dernier cas, Al- Qardaoui aurait mérité tous nos encouragements s’il avait dénoncé la présence militaire américaine au Qatar. Cet émirat, dont les investisseurs, nous dit-on, veulent le bien de l’Algérie, abrite le CentCom (Commandement américain pour les pays du Golfe) à partir duquel a été organisée et planifiée la guerre contre l’Irak !

Le CentCom est installé sur la base d’El Udeid, distante de 60 km de Doha, d’où partaient les 120 F-16 américains pour bombarder Bagdad ! Et ce sera sans doute de cette base que partiront les chasseurs bombardiers américains si Washington décide d’attaquer l’Iran, accusé, sans preuve d’ailleurs, de vouloir se doter de l’arme nucléaire. Youssef Al-Qardaoui, employé d’Al-Jazeera, donc au cœur de l’information, sait tout cela. Du haut de l’immeuble en verre abritant la célèbre chaîne télé, il peut voir les destroyers armés de missiles Tomawaks et les porte-avions américains mouillant dans le port de Doha ou croisant au large de la capitale qatarie. Et chaque jour en se rendant chez lui à Doha, il croise, comme des milliers de Qataris, des Américains en tenue civile se baladant sur la corniche qui borde la petite baie. I

l sait bien que tous ne travaillent pas sur les champs pétroliers ou dans les sociétés anglo-saxonnes installées à Doha. Car une partie d’entre eux sont des Marines et des GI’s en permission. Ceux-là n’ont rien à craindre : Al-Qaradaoui, qui est par ailleurs un proche de l’émir du Qatar, ne les épinglera pas dans son émission la charia et la vie» ! A-t-il élevé la voix pour dénoncer ce sondage organisé par Al-Jazeera selon lequel une majorité d’Algériens approuvaient les attentats-suicides ayant frappé l’Algérie ? Bien sûr que non. Si cela avait été le cas, ses thuriféraires en Algérie n’auraient pas manqué de le relever et de le médiatiser comme il se doit. Certes, depuis exactement le 11 septembre 2001, il n’a raté aucune occasion pour dénoncer les attentats commis au nom de l’Islam. Mais en prenant soin d’éviter de critiquer et de s’en prendre nommément à Oussama Ben Laden et Ayman Zawahiri ! Il ne leur a d’ailleurs jamais lancé d’appel à cesser leur «djihad» ! Et de ce fait, ses condamnations des attentats d’Alger (il suffit de bien décrypter leur contenu) ne sont que des dénonciations de façade qui ne l’engagent en rien !

En revanche, concernant les chiites, Al- Qardaoui ne prend pas de gants. Le 19 septembre passé, il a appelé à faire face à «une invasion chiite des sociétés sunnites». Cette attaque en règle contre les chiites risque d’attiser une guerre interconfessionnelle dont l’Irak est en train de payer le prix lourd. Elle n’est, du reste, pas sans rapport avec la montée en puissance de l’Iran dans la région, une puissance qui inquiète Washington et ses alliés locaux l’Arabie saoudite et les pays du Golfe. Et qu’il le veuille ou non, rien n’interdit aux Iraniens de penser que son attaque s’inscrit dans cette campagne lancée par Washington visant à préparer l’opinion internationale à une attaque contre les sites nucléaires iraniens !

Par Hassane Zerrouky

L’économie algérienne otage des hydrocarbures


u moment où l’économie semble reprendre ses lettres de noblesse et avoir les faveurs du pouvoir, il m’a semblé utile de proposer à mes compatriotes une analyse en quelques volets des idées politiques et des faits économiques de l’Algérie depuis l’indépendance. Cette analyse montre les différentes contradictions de ce que nous devrions douloureusement appeler notre mal développement, notamment économique et ce, à compter de la période d’industrialisation dite « industries industrialisantes » qui a abouti à un capitalisme d’Etat aux lieu et place de ce qui a été appelé socialisme spécifique et à un endettement excessif de l’Algérie, à une austérité imposée par les régimes successifs et par les institutions financières internationales, un affairisme d’Etat résultant du libéralisme débridé des tenants de l’après-pétrole qui a abouti au rééchelonnement, voire à asseoir des intérêts de ce qui a été désigné par feu Mohamed Boudiaf sous le vocable de mafia politico-financière.

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